Economie - Editoriaux - 15 décembre 2018

Les annonces d’Emmanuel Macron vont dramatiquement creuser le déficit

M. Macron a dû lâcher du lest et ses mesures vont dans le bon sens, puisqu’elles ne profiteront qu’à ceux qui travaillent, notamment à ceux qui effectuent des heures supplémentaires. Mais elles auront un coût de l’ordre, au total, de 14 à 15 milliards (4 milliards pour l’abandon de l’augmentation de la taxe sur les carburants et les autres mesures annoncées la semaine dernière, 10 milliards pour les mesures annoncées lundi).

Or, notre budget, avant ces annonces, connaissait déjà un déficit dramatique : désormais, il est épouvantable ! Il manque 115 milliards pour que les recettes (un peu plus de 300 milliards, au total) compensent les dépenses. Les premières couvrent moins de 75 % des secondes. Quel ménage serait capable de vivre avec un tel déséquilibre ? Pour minimiser ce désastre, on compare le trou du budget au PIB du pays. Au lieu d’un chiffre choquant de 25 % de déficit, on le réduit à 3,4 % du PIB, ce qui paraît plus rassurant (illusion complète). Notre gouvernement prévoyait, en novembre, 2,8 % de déficit. Bruxelles s’accroche à un chiffre maximal de 3 % choisi parce qu’il est net, mais sans justification économique particulière. L’Italie, qui était à 2,8 %, s’est fait taper sur les doigts car elle aggravait le pourcentage de sa dette par rapport au PIB (Il est autour de 130 %, contre 100 % en France).

Si aucune mesure correctrice n’est prise, nous pourrions être condamnés par l’Union européenne. Mais tout sera gelé jusqu’en mars, car l’Europe se fonde sur notre premier budget et ne se penchera sur nos récents dérapages qu’au printemps. Une chance ! Paris plaidera sans doute que le déficit 2019 est dû au CICE (d’un montant de vingt milliards) qui devient une baisse des charges et, donc, est exceptionnellement compté deux fois en 2019. Sans ce CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi), le déficit serait de 2,5 %, mais cet argument convaincra-t-il Bruxelles ? Nous aurons donc, en mars, l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif qui n’aura aucun effet et qui sera rapidement enterrée. Mais l’Italie est ravie de notre dérapage, car les critiques contre son budget vont tomber d’elles-mêmes, puisqu’un état de l’Union européenne fait pire qu’elle.

Or, ce chiffre de 3,4 % risque d’être dépassé car il est bâti sur des prévisions de croissance obsolètes. On attendait 0,4 % au dernier trimestre 2018. Nous serons contents si nous atteignons 0,2 % et la croissance de 2019 dépend de l’élan pris à la fin de cette année. Le mouvement des gilets jaunes a eu des effets délétères sur l’économie et les recettes, notamment sur la TVA. Il est loin d’être fini et le bilan final risque d’être terrible, même si on peut avoir de la sympathie pour cette révolte de contribuables.

Si nous étions « bien gouvernés », l’État taillerait dans ses dépenses, comme les collectivités locales l’ont fait avec succès. Dégager vingt milliards par an en éliminant les dépenses improductives et sans ralentir l’économie est tout à fait possible. En cinq ans, nous pourrions équilibrer les comptes. Là, si aucun krach ne se produit, nous serons sans doute encore à 2 % en 2022 (et non pas à 0 %, comme promis par M. Macron) et à 4 % – 6 % si une crise se produit.

Certes, la France emprunte toujours à des taux négatifs qui ont même tendance à baisser. Pour l’instant, le poids des remboursements est soutenable, même s’il pèse 45 milliards par an. Mais quand la conjecture se retournera, quand les taux remonteront, nous serons incapables de faire face par les voies classiques. Resteront les solutions non orthodoxes : saisie de 20 % des comptes en banque, confiscation de 10 % de tous les terrains ou inflation à deux chiffres…

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