Éducation - Turquie

Le lent travail de sape des islamistes dans l’enseignement : après la Tunisie, la Turquie

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Je vous rapportais ici même, en mai dernier, l’histoire de cette « doctorante » de l’université de Sfax, en Tunisie, qui vient de passer cinq ans à la rédaction d’une thèse dont le sujet est celui-ci : « Le modèle plate-géocentrique (sic) de la Terre, arguments et impact sur les études climato/paléoclimatiques. » Traduction : la Terre est plate et le Soleil tourne autour.

Contrairement à madame Obono, largement évoquée sur Boulevard Voltaire ce mardi, qui n’a semble-t-il fait que rêver à son mémoire, la thésarde de Sfax a pu régaler ses condisciples géophysiciens de ses talents puisqu’il s’est trouvé un Jamel Touir, directeur de recherche, pour l’aider à mener à bien son projet.

Évoquant cette histoire, je disais qu’elle devait nous interpeller car ce qui se passe dans l’université tunisienne aujourd’hui – à savoir « le changement de rapport de forces en faveur des islamistes dans les universités [qui] s’est opéré en une seule année » – nous guette tous, certes à des degrés divers, mais il faut en être conscient.

On apprend ainsi que le ministre de l’Éducation turc, M. Alpaslan Durmuş, vient d’annoncer que la théorie de Darwin serait désormais exclue des programmes scolaires et réservée à l’enseignement supérieur. La théorie de l’évolution est donc renvoyée au cycle universitaire car, dit le ministre, « nous avons exclu les sujets controversés pour les élèves à un âge auquel ils ne sont pas capables de comprendre le contexte scientifique des enjeux ». Plus précisément : « Nous avons essayé d’intégrer nos valeurs locales et nationales au programme. »

Je traduis : la vérité est dans le Coran, point. L’une et l’autre étant placées dans le même registre, aucune vérité scientifique ne peut donc s’opposer à la foi. D’ailleurs, pour tous ces gens, il n’y a pas de vérité scientifique, seulement des « opinions ». C’est l’argument employé par Jamel Touir pour justifier la thèse délirante de son étudiante : « Elle a bien le droit de penser ce qu’elle veut et son opinion vaut la vôtre. »

Une fois de plus, on me dira sans doute que j’exagère ; que la Turquie n’est pas la France, que tout cela ne risque pas d’arriver chez nous. Cet argument est pourtant celui qui court déjà dans nos collèges, au fond des territoires perdus de la République, argument qui rend désormais quasiment impossible l’enseignement des faits historiques et scientifiques.

Mais pourquoi en serait-il autrement ? Car cela, nous l’avons construit patiemment. C’est le retour de boomerang du « tout se vaut », tout juste un avatar de ce merveilleux relativisme culturel chanté durant des décennies par une gauche enthousiaste…

Quant aux Turcs, n’oublions pas que ce sont ceux qui vivent en diaspora, forts nombreux en France et en Allemagne, qui ont donné à Erdoğan la victoire au référendum qui lui ouvre maintenant la voie vers les pleins pouvoirs aux couleurs de l’islam.

POUR ALLER PLUS LOIN