Editoriaux - Education - 4 mai 2015

L’enseignement selon Kafka

Voilà la nouvelle réforme de l’enseignement, un enseignement qui devient cauchemardesque pour tout le monde. Nous pouvons en effet désormais lire dans la circulaire n° 2015-372 du 31 mars 2015 que l’élève a l’impératif suivant : obtenir toute une liste de savoir-faire avant même d’avoir acquis des savoirs… On y trouve bien sûr son corollaire. L’enseignant a un impératif d’efficacité : les élèves qu’il « accompagne » (on retrouve là le sens premier de « pédagogue ») doivent avoir acquis des savoir-faire sans que lui-même ait dispensé ses savoirs (autrement que par saupoudrage).

Comment trouver naturel d’exiger d’un élève qu’« il exprime à l’écrit et à l’oral ce qu’il ressent face à une œuvre littéraire et artistique » et qu’« il formule des hypothèses sur ses significations » ou encore qu’« il en propose une interprétation en s’appuyant notamment sur ses aspects formels et esthétiques » (« domaine de compétence 5 : les représentations du monde et l’activité humaine ») tout en obligeant l’enseignant à organiser ce qui ressemble davantage à des ateliers découvertes qu’à des cours (c’est-à-dire en évitant de donner quelque cours magistral que ce soit et sans employer l’apprentissage par cœur, ce mot que les socialistes semblent abhorrer… cœur !) ?

Malheureusement, apprendre n’est pas un processus simple et n’est pas toujours agréable : mais cela ne fait-il pas aussi partie de l’apprentissage que de savoir produire certains efforts sur soi-même pour obtenir des résultats ? Il faut entretenir le goût de l’effort et non pas supprimer tout effort. Où l’élève ira-t-il chercher la structure d’un raisonnement et les arguments et exemples précis qui lui permettront d’étayer son raisonnement, alors qu’il a tout à apprendre et que c’est justement la raison d’être de l’enseignant que de lui apporter de la matière dans ses connaissances, non de l’observer se débattre pour essayer d’en obtenir ?

On aboutit alors à ce que l’on a déjà commencé à observer en classe : des élèves qui angoissent car ils doivent justifier l’acquisition de savoir-faire (sans savoir comment parvenir à ce savoir-faire) et des enseignants qui angoissent car ils doivent responsabiliser et rendre autonomes des élèves sans avoir les moyens d’y parvenir… On ne peut pas obtenir de l’eau n’importe où : il faut d’abord connaître l’emplacement d’une source. Cela revient finalement à demander à nos élèves de justifier la compétence « Je sais remplir la feuille d’imposition d’un gérant de PME » avant même de leur avoir enseigné le calcul et la définition de l’imposition, mais en les accompagnant : « Tu trouveras une aide sur ce site, une réponse dans ce programme… » et en ne leur expliquant jamais comment exploiter ces données. L’ère du numérique est bien arrivée en classe : toutes les connaissances sont à portée de main, il ne sert donc à rien de chercher à les comprendre ou de les apprendre, il suffit de les reproduire… Cela ne s’appelle-t-il pas du psittacisme ?

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