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L’enfant qui a peur du noir va-t-il devenir suspect ?


Biologiste et environnementaliste, Editorialiste et Conférencier

 

« Les petits morpions, ce sont des habits pour enfants de tout âge (même ceux de 40 ans) au message marrant et surtout décalé créés pour être portés par des gens originaux. »

Telle se présente la marque belge de vêtements pour enfants Les Petits Morpions.

Comme le proclame son slogan : « L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne. »

Quelque part, c’est de l’humour à la Charlie Hebdo… mais qui curieusement ne fait plus recette, là, auprès de certaines féministes…

La créatrice traite de sujets scabreux, comme de la grossesse, qui les font faire grincer des dents.

Mais il y a pire : les ayatollates de la bien-pensance gaucho-féministe du site Check tes privilèges ont dénoncé le racisme latent de l’évocation de la « peur du noir », fait classique la nuit chez les jeunes enfants, illustrée ici par un père Fouettard noir à côté de Saint-Nicolas.

Face aux imprécations déversées sur Facebook, la créatrice a seulement déclaré : « Merci aux personnes fermées d’esprit de ne pas venir m’importuner, j’en ai assez vu dans ma vie. »

Néanmoins, le dessin incriminé a été retiré de la vente…

Une situation qui doit nous faire réfléchir en ces temps où le terme « nègre » est déjà banni du vocabulaire.

Toute la question est de savoir si on va toujours s’incliner devant l’inculture dite antiraciste qui menace de balayer notre culture.

Il y a déjà bien longtemps que l’appellation « tête de nègre » ne figure plus dans les nuanciers des coloristes et que les « nègres en chemise » ont disparu des devantures des pâtissiers…

Nous voyons maintenant le mot « nègre » remis en cause partout dans la littérature.

Les personnages du célèbre roman d’Agatha Christie Dix petits nègres, originellement titre d’une nursery rhyme célèbre, sont aujourd’hui déformés en « dix petits soldats » qui remplacent, sur le fameux plateau, les figurines classiques des négrillons, dans une récente adaptation télévisée…

La grande intellectuelle Lââm a superbement déclaré : « Le mot nègre ne doit plus exister. »

Nous espérons que Pouchkine lui pardonnera…

Abraham Petrovitch Hannibal, négrillon razzié au Nord-Cameroun et vendu aux Ottomans, puis revendu aux Russes, arrivera à la cour du tsar en 1704. Affranchi, adopté et bénéficiant de la meilleure éducation en France, le « nègre de Pierre le Grand » objet de toutes les curiosités sera officier du génie, mathématicien puis, de retour en Russie, deviendra le quatrième personnage de l’Empire russe sur le plan protocolaire.

Pas exactement une victime du racisme !

Sa petite-fille, Nadejda Ossipovna Hannibal, dite « la Belle Kreolka », épousera Sergueï Lvovitch Pouchkine, et sera la mère du poète Alexandre Pouchkine…

L’histoire d’Alexandre Dumas, fils de métis général d’empire, est tout aussi exemplaire…

Et que dire d’Othello ?

Face à la vindicte antiraciste, il faut se montrer vigilant : au-delà de « nègre », c’est maintenant « noir » le denier qualificatif en ligne de mire, car considéré comme « discriminant »…

Dès lors les choses vont se compliquer :
– on ne pourra plus évoquer les rassemblements « noirs de monde » ;
– plus question, un jour de cafard, de « broyer du noir » ;
– ni de « piquer une colère noire ».

Mais que dire de la « peur du noir » ?

Il n’est évidemment plus question de laisser ce sentiment se développer sans réagir, même chez les nourrissons, sinon on pourrait finir par légitimer l’odieux body des « petits morpions » et, pire, par trouver l’expression naturelle chez les enfants.

Alors, pour lutter contre le racisme qui s’exhale dans la peur du noir, faudra-t-il désormais penser à psychanalyser les bébés ? Je suis sûr que certains y ont déjà songé…

Biologiste et environnementaliste, Editorialiste et Conférencier

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