Editoriaux - International - 27 avril 2018

L’élimination de l’État islamique passe désormais par l’assèchement de ses finances

L’État islamique ne pouvait durer qu’à l’aide d’un recrutement soutenu, et au moyen d’un financement régulier et important. Sur le premier point, les combats menés par la coalition ont permis d’éliminer un nombre significatif de combattants de Daech et, surtout, ont mis fin, dans une grande mesure, aux filières de recrutement qui permettaient aux groupes terroristes de se renforcer. Reste, désormais, à s’attaquer aux financements qui permettent toujours à l’État islamique de constituer une vraie menace pour la paix et la sécurité dans le monde.

Le trésor de guerre de Daech, difficile à évaluer précisément, se situerait autour de deux milliards de dollars, voire plus. Un milliard de dollars proviendrait du pétrole tiré en Syrie et en Irak, lorsque c’était encore possible. Cinq cents millions du pillage des banques et d’établissements administratifs et financiers. Cent millions de la fabrication de fausse monnaie. Et quarante millions du trafic d’antiquités et d’œuvres d’art volées dans différents musées irakiens.

Mais le financement du terrorisme ne se limite pas à des opérations effectuées en terrain conquis. Il repose, le plus souvent, sur trois piliers essentiels. Tout d’abord, ce qui n’est pas nouveau, le financement par les États. Il est aujourd’hui de notoriété publique que certains États du golfe Persique ont financé, et financent certainement toujours, des groupes terroristes. Ainsi le Qatar fut-il directement mis en cause pour les sommes importantes qu’il procura au cours de ces dernières années à l’État islamique, ce qui lui valut, d’ailleurs, d’être récemment mis en quarantaine par des pays arabes sans doute soucieux de se racheter une conduite auprès des Occidentaux. La seconde source de financement concerne les entreprises nationales et internationales. Si certaines d’entre elles, pour cause de sympathie avérée envers les groupes terroristes, peuvent être amenées à contribuer volontairement à l’effort de guerre, d’autres – les plus nombreuses – sont régulièrement soumises à un racket en bonne et due forme. Il s’agit, pour ces dernières, d’acheter le droit de poursuivre leurs activités sous la protection des combattants qui les rançonnent. Cette pratique, bien connue, a été mise en œuvre par l’État islamique, mais également par le PKK en Turquie et en Europe. Ou même par l’ETA en Espagne et le FLNC en Corse.

Dernière source de financement : les particuliers. Là encore, leur participation peut être forcée, sous forme d’une collecte « révolutionnaire », ou bien volontaire, s’agissant de sympathisants. C’est certainement à cette dernière catégorie que le procureur François Molins a fait allusion en annonçant, dans le cadre de la conférence internationale sur le financement du terrorisme qui se tient actuellement à Paris, la découverte et l’identification de 416 donateurs ayant participé au financement du groupe État islamique. La technique du micro-financement, qui porte sur des sommes modiques mais nombreuses, n’est pas nouvelle non plus. Sa relative discrétion permet, en effet, de faire circuler par des réseaux bancaires et financiers officiels des sommes, au final, importantes sans éveiller les soupçons des autorités étatiques.

Afin de lutter contre ces pratiques, la France s’est dotée d’un organisme chargé de lutter contre de tels agissements. TRACFIN, pour « Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins », a été créé en 1990. Service à vocation nationale depuis 2006, TRACFIN est composé de 120 agents et travaille en étroite collaboration avec les services antiterroristes. Il agit essentiellement sur déclarations de soupçon, transmises, la plupart du temps, par les banques. Mais le combat qui s’annonce promet d’être long et difficile. Car s’il est un domaine où la raison d’État conserve toute sa force, c’est bien celui-ci.

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