« L’électorat catholique, c’est une mythologie ! »

Emmanuel Macron a rendu visite, ce mardi, au pape François. Samuel Pruvot, journaliste à Famille chrétienne, accompagnait la visite présidentielle. Il réagit depuis Rome au micro de Boulevard Voltaire.

Vous nous parlez depuis le Vatican à Rome où vous avez accompagné la visite présidentielle d’Emmanuel Macron au Pape François.
Comment avez-vous trouvé le début de cette journée ?
Le « courant » passe-t-il bien entre Emmanuel Macron et le Pape François ?

Honnêtement, de ce que nous voyons, le courant passe. C’est même un climat à l’image du jour à Rome. C’est un climat radieux, un ciel sans nuages. Plusieurs indices ont été repérés par tout le monde: la durée de l’entretien, la façon dont ils se sont quittés avec une longue accolade et même une embrassade. Cela sort d’ailleurs complètement du protocole. Quand Emmanuel Macron est venu prendre possession de son titre de chanoine, il a manifestement pris beaucoup de plaisir à cette cérémonie.
Ce qui devait être un cocktail s’est transformé en discours improvisé. Contrairement à Nicolas Sarkozy, il n’a pas fait son discours du Latran, mais il en a improvisé un qui était tout aussi dirigé sur le fond, et pas du tout sur les circonstances.
Le climat est bon et les deux parties semblent satisfaites.

Nous en saurons certainement plus après la conférence de presse. Néanmoins, après la visite d’Emmanuel Macron aux Bernardins et cette visite au Vatican, certains l’accusent de vouloir récupérer l’électorat catholique et d’autres disent que c’est une entorse à la laïcité.
Quelle est votre opinion?

Ces récriminations me paraissent un peu exagérées.
D’une part, concernant l’entorse à la laïcité, jamais un seul président de la République n’a rejeté son titre de chanoine. Certains ne sont pas venus le chercher. C’est vrai qu’il a été le chercher, mais en soi ce n’est pas une entorse à la laïcité. De même, Emmanuel Macron est coprince d’Andorre. Certains peuvent trouver cela obsolète ou has-been. C’est tout simplement lié au titre de président de la République, c’est ainsi.
D’autre part, la question de l’électorat catholique que je connais bien pour travailler dans ce milieu en qualité de journaliste chez Famille Chrétienne est tout aussi décalée. Je suis peut-être un peu cynique, mais la première vertu d’un politique est de savoir compter. Les catholiques pratiquants en France sont moins de 2 %. L’électorat catholique est une mythologie. Peut-être qu’il faut l’entretenir, car cela donne une illusion à l’Église catholique d’avoir une puissance selon les règles de ce monde. Objectivement, l’électorat catholique est un souvenir. C’est comme si vous me disiez «  Les enfants peuvent-ils vraiment aller en vacances en Écosse, car on ne sait jamais si le monstre du Loch Ness sortait de son lac ». Peu de monde peut y croire.
Je termine par un raisonnement par l’absurde. Si jamais le but exclusif et premier de Macron était de séduire l’électorat catholique, ceux qui seront le moins convaincus et qui vont râler le plus seront les catholiques pratiquants. Ils diront : « il essaie de nous récupérer, on n’y croit pas ».

Vue de France, la petite phrase assez malheureuse d’Emmanuel Macron au Pape sur les Bretons a particulièrement été retenue.
Y a-t-il de la sur-interprétation?

Oui, je pense. Au moment où elle a été prononcée, nous avions le retour en direct. C’était un moment plutôt de franche rigolade pour montrer qu’il y avait une connexion régionale. Il a d’ailleurs ajouté quelque chose au Pape pour essayer de traduire ce que cette « mafia bretonne » pourrait donner en Argentine. Ce n’est pas très méchant.
Si on juge le voyage du chef de l’État à l’aune d’un petit mot qui parle de la Bretagne, ce n’est pas très sérieux. On parle tout de même de 15 siècles de relations diplomatiques. Je ne suis pas du tout chargé de défendre le chef de l’État, et je ne me priverai pas de pointer les faiblesses de sa démarche. Mais si une blague sur la Bretagne condense tout l’effort, c’est dommage et en tout cas, ce n’est pas du tout le bon angle pour critiquer sa démarche.

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