Jean-Frédéric Poisson : « L’élection d’Emmanuel Macron ne supprime pas la différence entre la droite et la gauche »


Député des Yvelines Président du Parti Chrétien-Démocrate, Candidat à la Primaire ouverte de la droite et du centre

 

L’ancienne juppéiste Aurore Bergé sera candidate, sous l’étiquette La République en marche, dans la 10e circonscription des Yvelines. Elle sera opposée à Jean-Frédéric Poisson, député sortant et président du Parti chrétien-démocrate. Ce dernier réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Vous allez avoir dans votre circonscription Aurore Berger dont tous les réseaux sociaux s’amusent parce qu’elle a changé plusieurs fois de parti.
Est-ce que vous appréhendez cette opposition ?

De toute façon, l’élection législative se déroule partout en France dans un climat qui est extrêmement nouveau.
Elle est difficile à appréhender, premièrement, parce que la présence des candidats d’Emmanuel Macron, d’une certaine manière, bouleverse le jeu habituel des oppositions droite/gauche. Deuxièmement, il est clair que madame Berger a un profil qui est à peu près antinomique du mien.

J’ai fait ma politique sur quelques fidélités.

La fidélité à mon territoire, c’est le sujet depuis maintenant vingt-deux ans. La fidélité à des convictions. La fidélité à une famille ou un camp politique en tout cas. Et la fidélité à un certain nombre de mes amis qui sont toujours mes amis aujourd’hui, en dépit des nombreuses turbulences et difficultés qu’on rencontre dans les familles politiques.
J’observe que le parcours de madame Berger n’est pas exactement identique à cela. Nous avons une opposition de style qui par ailleurs se complète d’une opposition de personne. C’est une femme, je suis un homme. Elle est dit-on de la nouvelle génération, je suis dit-on de l’ancienne. Je suis réputé pour être un conservateur social, elle adopte un profil libéral-libertaire qui est exactement l’antithèse du mien.
Mon ambition personnelle est de continuer à servir mon territoire et mon pays alors que son ambition personnelle est de dégommer Jean-Frédéric Poisson.
Nous allons dans une confrontation qui va être inédite, assez anguleuse, en réalité.
Cette campagne se déroule dans un climat un peu plus tendu que ce qu’on connaît d’habitude dans le sud des Yvelines qui est une terre où les convictions s’expriment, mais de manière toujours policée. C’est une circonstance nouvelle et nous nous y adaptons. Ma détermination n’est évidemment que renforcée par la perspective de cet affrontement.

Aurore Berger faisait partie des Républicains encore récemment. Elle se présente sous l’étiquette En Marche, mais il y a une photo qui circule d’elle en train de tracter pour vous Jean-Frédéric Poisson, lors d’une élection passée.
Est-ce que finalement cet affrontement entre Aurore Berger et vous signe un peu la ligne de fracture qui est en train de fracturer un peu tous les partis, notamment ceux de droite ?

Je fais partie de ceux qui sont absolument persuadés que monsieur Macron est un homme de gauche. Ça n’est pour moi absolument pas douteux.
Il suffit de regarder la manière dont il envisage d’exercer la tutelle sur l’assurance chômage en la nationalisant, sur les collectivités locales en supprimant la taxe d’habitation et en rabotant leurs prérogatives, la manière dont il ignore les corps intermédiaires à part ceux qui produisent des richesses et de l’argent, c’est-à-dire des entreprises, et encore que plutôt des grosses que des petites.
Tout cela marque clairement son appartenance à son camp politique d’origine. Ça n’est d’ailleurs pas un reproche, mais un constat et un désaccord.

Madame Berger a été, c’est vrai, inscrite pendant plusieurs années aux Républicains. Elle a changé si souvent de candidat et de soutien. Elle a même fait partie quelques semaines d’un collectif organisé par les juppéistes et madame Calmels qui était un collectif anti-Macron. Je parle de tout cela, nous sommes 9 février dernier.
Vous voyez que tout cela est complexe.

Il me semble que par d’ailleurs cette ligne de fracture entre les libéraux-libertaires, plus ou moins libertaires d’ailleurs, d’un côté, et les conservateurs sociaux de l’autre côté traversent effectivement tous les partis politiques.

Cette fracture est incarnée par le fait que la ligne politique d’Emmanuel Macron est clairement sur cette ligne libérale-libertaire. Et lui connaît une forme d’homogénéité très impressionnante sur ce point. Même si par ailleurs, je n’ai toujours pas compris comment on pourrait faire travailler ensemble, Alain Madelin et Daniel Cohn-Bendit, mais nous verrons à l’usage.
En attendant, l’arrivée de Monsieur Macron dans le jeu politique national de la façon tonitruante dont nous l’avons connu montre que cette recomposition idéologique des camps politiques de la droite et de la gauche est absolument personnellement nécessaire. Je ne crois pas que l’élection de Monsieur Macron ne supprime pas les différences entre la droite ou la gauche, parce que ces différences sont d’ordre quasi métaphysique. Elles ne disparaîtront donc pas demain matin.
Je ne pense pas non plus que les partis politiques disparaîtront. Les seules personnes morales de droit public dont la Constitution fait mention sont les partis politiques. Ce n’est pas un détail ni un hasard.

Le seul renouvellement que Monsieur Macron apporte dans le paysage politique, ce sont des candidats qui comme madame Berger sont parachutés depuis à peu près n’importe-où sans aucun encrage dans leur territoire dans beaucoup de cas, et qui n’ont pas d’expérience de la vie publique. Effectivement, cette espèce de déracinement et l’absence de fidélité à tout ce qui fait la vie publique est l’expression de ce renouvellement.
Alors décidément ce n’est pas ma manière de voir.

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Député des Yvelines Président du Parti Chrétien-Démocrate, Candidat à la Primaire ouverte de la droite et du centre

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