Editoriaux - Histoire - Politique - Société - 29 octobre 2016

L’échec de loi sur la prostitution, ou la vengeance du monde réel

Six mois après la promulgation de la loi pénalisant les clients de prostituées, l’heure est aux premiers bilans. Celui des chiffres, tout d’abord, qui montre que 249 procès-verbaux ont été dressés à l’encontre d’hommes ayant payé les services d’une prostituée. Force est de constater, au vu de ces données, que la chasse aux affreux mâles jouisseurs n’a pas été la priorité des autorités de l’Hexagone. Ce bilan chiffré, presque risible, souligne surtout à quel point les préoccupations de ceux qui votent les lois sont loin de celles des Français.

Ce qui ne fait rire personne, en revanche, c’est l’inquiétant bilan humain. La première conséquence de cette loi grotesque a été de créer une insécurité grandissante parmi les prostituées. Avec des clients issus des classes moyennes, le risque physique pris par les professionnelles était faible. Loin de jouer l’agressivité ou la provocation, ces habitués sans histoire ne représentaient aucun danger pour les femmes. Mais ces besogneux respectueux des règles ont été effrayés par la loi. Sont alors restés ceux qui se moquent de l’amende, c’est-à-dire des marginaux et des jeunes hommes bien plus susceptibles de perdre le contrôle d’eux-mêmes. Résultat : les indépendantes qui gagnaient leur vie grâce à des clients connus n’ont eu d’autre choix, face au nouveau profil de leur clientèle, que de se jeter dans les bras vénéneux des proxénètes qui pourront les défendre en cas d’agression.

Dommage que les idéologues en jupon n’aient pas eu de connaissances historiques. Cela leur aurait permis de savoir que c’est le même scénario catastrophe qui avait fait le bonheur des « maquereaux » lorsque la loi interdisant les maisons closes avait été promulguée en 1946. Marthe Richard elle-même, pourtant à l’origine de la loi, avait reconnu son erreur et demandé en 1978 leur réouverture afin de protéger les femmes brutalement jetées sur le trottoir 30 ans plus tôt.

En fait, pour commencer à travailler sérieusement sur ce sujet complexe, il aurait fallu arriver au constat d’évidence qu’on ne lutte pas contre la prostitution, pas plus qu’on ne lutte pour apprendre à miauler aux chiens. En revanche, on peut travailler pour rendre la prostitution plus humaine. Une première mesure, par exemple, serait de combattre les réseaux mafieux. Chaque année, sous la menace, des milliers de gamines en provenance d’Europe centrale sont jetées sur les trottoirs de Paris, Lyon ou Marseille. Il y a, là, une vraie urgence à agir. Car si chacun a le droit de disposer librement de son corps, il faut punir sans pitié ceux qui utilisent le corps des autres pour s’enrichir. Frapper directement ces voyous endurcis : voilà une action efficace pour la cause des femmes.

Il faudrait, ensuite, offrir aux prostituées la possibilité d’exercer leur métier avec un vrai statut de travailleurs indépendants, et surtout dans des conditions de sécurité et d’hygiène optimales. Alors, il est vrai, sans parler de l’Espagne ou de l’Autriche, que l’Allemagne n’est qu’un pays arriéré où les femmes sont régulièrement maltraitées. C’est, d’ailleurs, certainement parce que ce sont des barbares dégénérés que, là-bas, les personnes souhaitant se prostituer peuvent travailler de leur plein gré, dans des bâtiments propres et sécurisés et, donc, sans avoir besoin de rechercher la protection douteuse de qui que ce soit. Un vrai scandale misogyne, en somme.

Une fois de plus, une poignée d’illuminées, aidée par la veulerie sans égale de parlementaires terrifiés à l’idée d’être taxés de sexisme, a imposé son idéologie fumeuse à des millions de gens. Il reste à espérer qu’un jour, peut-être, sur ce sujet comme sur bien d’autres, la prise en compte du monde réel redeviendra un préalable obligatoire à toute décision politique.

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