Editoriaux - International - Politique - 22 avril 2016

Le Trump nouveau est arrivé !

Il a repris la main. Après thèse et antithèse, voici le 3e Trump : le candidat de synthèse vient d’obtenir 61 % des voix à l’élection primaire de New York ce 19 avril, à l’orée de plusieurs primaires qui se profilent la semaine prochaine sur la côte nord-ouest, terrain favorable qui lui laisse espérer à nouveau la nomination, à condition de gagner en juin la Californie et le New Jersey.

Le 1er Trump, pétri de télé-réalité, avait présenté sa thèse en one-man-show, avec un programme simple, économiquement nationaliste et mondialement multipolaire, axé sur le redressement de l’entreprise Amérique en difficulté. De juin 2015 à la mi-mars 2016, le candidat populacier mit l’establishment devant le fait accompli, avec des succès électoraux spectaculaires, pour un investissement financier ridicule, jusqu’à la sortie de la naphtaline de Mitt Romney, qui stoppa le blitzkrieg.

Passage au 2e Trump, l’apprenti faux dur hypersensible : il fut désarçonné (de la mi-mars au début avril) par un boléro de Ravel nourri d’attaques républicaines, aggravées de la trahison d’une CNN clintonienne sentant le sang, tandis que sa campagne semblait avoir perdu son gouvernail, finissant en Bérézina dans le Wisconsin, le 5 avril. Tous les coups tordus furent permis dans la foulée, tentant de priver Trump de la nomination du parti au 1er tour, pour ainsi ouvrir la porte à toutes les combinazioni politiciennes.

Nouvelle métamorphose du Zelig : le 3e Trump s’adapta encore. Le 30 mars, devant les étudiants du St. Norbert College, dans le Wisconsin, il s’était déjà lancé, mentor, sur le thème du « momentum », regroupant les notions d’élan, d’énergie vitale et de masse critique. Insistant sur la fragilité de cette condition, il citait l’exemple détaillé d’une relation d’affaires au destin poignant, qui avait à jamais perdu son « momentum », donnant aux étudiants ce conseil simple : « Quand cela arrive, il faut se regrouper pour comprendre la situation, modestement repartir et changer de route si nécessaire. » Prémonitoire…

Ainsi se réorganisa ce 3e Trump de synthèse qui, en deux semaines, recruta un « Cruz puissance dix », tacticien du système électoral qui avait commencé sous Reagan, puis l’ex-directeur de campagne du gouverneur du Wisconsin, approuva enfin un budget de combat pour la dernière ligne droite avant la convention de juin, sans oublier une opération de relations publiques auprès des parlementaires, et la création du groupe « Diversity Coalition ». Bref, je sais jouer la partition de l’establishment…

Politique d’assurance autant que subtile intimidation, il lança enfin une massive attaque préemptive sur la corruption du système électoral qui viole les intentions des électeurs, invalidant au tribunal de l’opinion les récents gains de Cruz (qui grappillait des délégués sans vote), discréditant le parti, et paralysant d’avance les délégués-agents doubles censés le représenter puis le trahir dès le 2e tour.

Sa lette ouverte parue le 15 avril dans le Wall Street Journal eut un écho favorable : « Est-ce que le système a été bon pour vous et votre famille ? Ma stratégie de campagne est de gagner avec les électeurs. Celle de Ted Cruz est de gagner malgré eux… Comment en est-on arrivé au point de voir les politiciens défendre leur système avec plus de passion qu’ils n’en ont jamais démontré à l’égard de la protection de nos frontières ? »

Tout peut arriver…

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