Editoriaux - International - 23 janvier 2019

Le traité d’Aix-la-Chapelle fusille la France

La signature du traité d’Aix-la-Chapelle, le 22 janvier, par Emmanuel Macron et Angela Merkel a fait couler beaucoup d’encre. Malheureusement, de nombreuses bêtises ont été proférées par les apparents défenseurs de la cause nationale qui ont le don d’avancer des arguments faussés faisant la joie des partisans acquis à la cause européiste. C’est le cas consistant à affirmer que la France va partager avec l’Allemagne son siège au Conseil de sécurité de l’ONU alors qu’il s’agit d’aider Berlin à en être membre à part entière.

Pourtant, quelques éléments solidement référencés prouvent que l’on est passé à la vitesse supérieure. Même si le travail à faire est immense, il s’agit, pour les deux pays, de renforcer et d’approfondir leurs liens multiples avec, en particulier, la création d’une « zone économique franco-allemande dotée de règles communes ». La France désindustrialisée devra se plier aux normes de son voisin d’outre-Rhin qui, lui, possède toutes les structures promouvant la puissance du « made in Germany ».

Mais, surtout, la soumission est d’ordre politique. La coopération transfrontalière en est l’exemple, avec l’émergence d’eurodistricts bénéficiant de « compétences appropriées » échappant au cadre national. Ces caractéristiques propres à ces entités territoriales sont le résultat de l’institut européen ARFE (Association des régions frontalières européennes) qui est, en fait, à l’origine allemand par ses fondateurs et ses dirigeants jusqu’à une époque récente. L’objectif proclamé de cet institut germano-européen fondé en 1971 consiste à détruire, dans le cadre de la coopération transfrontalière, les frontières des États, comme le stipule sa Charte au paragraphe III 3.2 : « L’objectif de l’action menée au sein des régions frontalières et le but poursuivi au travers de la coopération transfrontalière sont la suppression des obstacles et des facteurs de distorsion existant entre ces régions, ainsi que le dépassement de la frontière, tout au moins la réduction de son importance à une simple frontière administrative. »

Une frontière étatique devenue simplement administrative signifie la fin de la souveraineté d’un État, procédé permettant, par la suite, de créer progressivement des eurorégions (les « départements » de l’Union européenne) de part et d’autre de la frontière défunt, comme c’est prévu entre l’Alsace et le pays de Bade.

La volonté de favoriser la création d’un Parlement franco-allemand, comme cela a été décidé dans un projet d’accord signé le 6 novembre 2018 entre l’Assemblée nationale et le Bundestag, ne fait que renforcer ce traité d’Aix-la-Chapelle. Il est vrai, comme l’a affirmé sans détours Angela Merkel dans un discours prononcé à la Fondation Konrad-Adenauer le 21 novembre 2018 : « Les États-nations doivent se débarrasser de leur souveraineté. »

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