Editoriaux - Santé - 15 octobre 2018

Le sang contaminé par de faux débats

Le don du sang est, en France, très réglementé afin, bien sûr, d’éviter si possible de transmettre des maladies lors de transfusions.

C’est ainsi que sont exclus des dons les malades ayant des infections transmissibles par le sang telles que les hépatites virales, la syphilis, le SIDA et quelques autres, ou ceux susceptibles d’être contaminés car appartenant à des groupes à risque, tels que ceux qui ont fait usage de drogues ou de substances dopantes par voie intraveineuse ou intramusculaire, ceux qui sont restés plus d’un an au Royaume-Uni dans les années 1980-90 (maladie de la vache folle) ou encore ceux qui ont pratiqué des tatouages ou des piercings depuis moins de quatre mois. Il serait trop long d’énumérer, ici, toutes les contre-indications au don du sang qui n’ont qu’un seul but : assurer la sécurité sanitaire.

Il existe, aussi, des contre-indications liées a des pratiques sexuelles pouvant entraîner facilement une contamination : sont donc exclus du don les prostitués, ceux ayant une sérologie positive VIH ou à l’hépatite virale tout comme leurs partenaires. Pour tous les individus appartenant à ces catégories, il leur est demandé d’attendre un an sans pratique à risque avant de pouvoir effectuer un don du sang. Pour les hétérosexuels dont la communauté est beaucoup moins touchée par le virus du SIDA que celle des homosexuels mâles, le délai d’attente est ramené à quatre mois.

Depuis juillet 2016, les homosexuels peuvent donner leur sang en respectant ces précautions.

Le don du sang leur était interdit depuis 1983, date à laquelle on découvrit que leur communauté était très largement touchée par le virus du SIDA. On peut se poser la question de savoir pourquoi on attend douze mois après toute relation à risque chez les homosexuels et seulement quatre chez les hétérosexuels. Il est probable que ceux qui ont défini cette norme ne l’ont pas fait en fonction de critères moraux, mais uniquement en fonction de données statistiques et scientifiques.

Il n’en fallait pas plus, cependant, pour que des associations de défense des homosexuels considèrent cette différence de traitement entre les homos et les hétéros comme une discrimination sociale, raison pour laquelle les députés socialistes ont proposé un amendement visant à uniformiser le délai de contre-indication du don de sang à quatre mois, que l’on soit hétéro ou homo.

Cette proposition fut rejetée, le jeudi 11 octobre, par 29 voix contre 23 (le peu de députés présents ce jour-là montre tout l’intérêt qu’ils portent au sujet).

Ce qui est regrettable, dans cette histoire, c’est qu’on mélange des critères scientifiques avec des critères moraux. Il est, bien sûr, hors de question de vouloir discriminer un individu en fonction de sa pratique sexuelle, mais le risque lié au sang contaminé n’a pas à s’embarrasser de ces conceptions morales et ne doit s’en tenir qu’à des données scientifiques. Le dirigeant de l’association AIDES ne s’y est pas trompé et a déclaré, sur France Info :« Une discrimination, c’est le déni d’accès à un droit qui est infondé. Le don du sang n’est pas un droit. »

Hélas, il y aura toujours des personnalités qui voudront s’ostraciser et des associations pour les soutenir afin de valoriser leurs actions et justifier leurs subventions. Pourtant, le changement de société que l’on voit se dessiner à l’horizon ne nous prive pas de combats éthiques autrement plus importants que celui qui vient d’agiter le microcosme médiatico-journalistique.

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