Editoriaux - Sport - 8 janvier 2019

Le rugby à la française n’existe plus !

Un étudiant de 23 ans est décédé, dimanche, à Dijon, des suites d’un choc subi fin novembre au cours d’un match de rugby. C’est le quatrième décès d’un jeune rugbyman en moins d’un an consécutif à un plaquage violent.

« Un jour, il y aura des morts sur le terrain », avait pourtant prévenu le professeur Jean Chazal, neurochirurgien à Clermont-Ferrand, comme il vient de le rappeler sur Russia Today, la dernière-née des chaînes d’info en continu du groupe RT, aux cotés de Marc Lièvremont, ancien sélectionneur du XV de France. Pour ce dernier, comme pour le professeur Chazal, c’est « le rugby actuel, devenu un sport de percussion et d’affrontement » qui a tué ces quatre jeunes joueurs à la suite de plaquages particulièrement violents.

Les plaquages sont devenus une plaie du rugby moderne. Dernier exemple en date : samedi dernier, lors du match entre le Racing 92 et Toulon, quand le pilier francilien, le Samoan Ben Tameifuna, sèche brutalement, d’un plaquage particulièrement violent à l’épaule, le Toulonnais François Trinh-Duc. Plus de peur que de mal, fort heureusement : 140 kg de muscles d’un côté, contre 85 kg de l’autre, l’illustration même du rugby moderne qui n’a plus rien à voir avec le rugby plaisir que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Ce rugby champagne que le Quinze de France déroulait sur les terrains, de Twickenham à Auckland, quand Roger Couderc y allait de son inoubliable « Allez, les petits ! », ce cri du cœur qui a fait vibrer, y compris au nord de la Loire, des générations d’amateurs de ballon ovale scotchés devant leur petit écran…

Aujourd’hui, le rugby moderne a changé d’esprit, il ressemble de plus en plus au football américain, constate encore Jean Chazal sur RT direct. « Initialement, le rugby est un sport d’évitement de l’adversaire, un jeu de passes et d’intelligence. Actuellement, compte tenu de l’augmentation des gabarits et de la puissance des muscles, on ne cherche plus la porte ouverte, on enfonce la cloison. » Marc Lièvremont confirme ce propos : « On a perdu notre identité, le rugby à la française n’existe plus. » Le rugby moderne, celui de la gonflette et des anabolisants, de la masse musculaire et des mensurations hors normes, celui du rentre-dedans sans la moindre élégance, semble avoir pris l’ascendant sur le fameux « French Flair » où le panache comptait presque autant que l’issue du match.

Ce jeu au large, virevoltant, ce jeu d’esquives et de feintes qui était la marque de fabrique du XV de France. « Ce que les Britanniques ont appelé le French Flair est complètement perdu. Il n’y a plus d’identité de jeu français », regrette le légendaire André Boniface, sur le blog d’Arnaud Coudry. Lui a succédé un rugby de gagne-petit, d’occupation du terrain où l’on cherche la faute dans la défense adverse pour marquer des points, à l’image du jeu d’affrontement initié par Chabal, repris par Bastareaud et son entreprise de démolition. Alors que les frères Boniface, Pierre Albaladejo, sans oublier Jean-Pierre Rives ou les frères Camberabero, ces « mangeurs de feu », comme les appelait Jean Lacouture, allumaient le stade quand leurs échappées belles effaçaient la défense adverse avec leurs « cadrages débordements » d’anthologie.

« Il faut retrouver les fondamentaux », a encore insisté Marc Lièvremont sur RT direct, estimant, avec le professeur Chazal, que « le rugby doit revenir à ce qu’il était avant : un sport d’évitement, d’intelligence et de dextérité ». En clair, renouer avec un rugby qui gagne, fait de vitesse et d’improvisation, un rugby d’instinct, envié et redouté par tous, dont le XV de France ferait bien de s’inspirer avant la Coupe du monde au Japon, l’automne prochain.

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