Le piège du pacte de Marrakech

Le 19 décembre 2018, alors que les Français avaient les yeux ailleurs, les uns sur les gilets jaunes, les autres sur les fêtes qui approchaient, le représentant de la France à l’ONU a voté en faveur du « pacte de Marrakech », c’est-à-dire du « pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Notre pays avait déjà apporté son soutien à ce texte dans cette ville du Maroc, les 10 et 11 décembre. C’est un obscur secrétaire d’État qui y avait représenté le président de la République empêtré dans les difficultés du pouvoir. Cette discrétion n’avait rien d’étonnant, puisque la signature de la France sur un sujet aussi sensible que l’immigration n’avait donné lieu à aucun vote ni à aucun débat, ni dans la nation ni au Parlement.

Dans la plupart des pays, un débat a eu lieu ; pas en France, ce qui en dit long sur la dérive non démocratique de notre pays. L’argument invoqué pour justifier l’injustifiable consiste à souligner que les dispositions du pacte sont « juridiquement non contraignantes ». Il s’agirait donc d’un texte sans portée sur la réalité autre que vertueuse et virtuelle. Le bon sens nous dit toutefois qu’il n’y a aucune raison de donner la signature officielle d’un État à un accord sans portée. En fait, on se trouve, une fois de plus, en face d’une subversion de l’ordre démocratique, de la souveraineté des peuples par un pouvoir d’une autre nature, utilisant d’autres moyens.

Les peuples, notamment ceux de la vieille Europe, ont acquis, pour certains depuis longtemps, pour d’autres plus récemment, le pouvoir de décider de leur avenir. La volonté de sauvegarder leur identité et leur cohérence y grandit face à la menace migratoire. L’esprit de Davos, du Forum économique mondial, est tout différent. La richesse mondiale dépend, selon lui, essentiellement de la croissance des échanges, de la circulation des marchandises, des services et des hommes. De là proviennent à la fois la pression sur les prix et celle sur les rémunérations en raison de la concurrence dans un marché ouvert. Les deux conséquences négatives que sont, d’une part, l’accroissement des inégalités et, notamment, l’appauvrissement des classes moyennes des pays développés et, d’autre part, la perte de cohésion des nations incapables d’assimiler les flux de migrants en provenance de cultures par trop différentes sont totalement ignorées par une pensée qui privilégie l’économie et qui substitue la « gouvernance » rationnelle des entreprises au gouvernement des États. Elle le fait par la puissance des médias, par le biais d’organisations non gouvernementales qui tendent à influencer les opinions publiques et à exercer des pressions « morales » sur les élus afin de conduire les seconds à décider, les premières à accepter des décisions évidemment contraires à leurs intérêts. Lorsqu’il est évident qu’une consultation populaire conduirait au refus d’une mesure conforme à l’esprit de Davos, alors c’est le pouvoir doux qui subvertit la démocratie : des gouvernements avalisent des règles non contraignantes, acceptent qu’un forum vérifie périodiquement dans quelle mesure elles auront été observées et subissent ensuite la pression des médias, des ONG, puis l’intrusion de la Justice se référant à un texte non contraignant, mais qui le deviendra peu à peu.

C’est exactement le piège du pacte de Marrakech ! Et c’est la raison pour laquelle des démocraties lucides et vigilantes ont refusé de signer ce texte, soit en votant contre, soit en s’abstenant, soit en étant absentes lors du vote. Parmi les États qui ont signé figurent les pays d’émigration ou ceux qui n’attirent guère les migrants, les régimes non démocratiques qui se moqueront bien de ces règles et, enfin, ceux qui sont gouvernés dans l’esprit de Davos, la France notamment, qui en est le chef de file avec son Président énarque et banquier. Au nom de leur souveraineté et du devoir de sauvegarder la cohésion nationale, les États-Unis, l’Australie, Israël, le groupe de Visegrád, l’Algérie, l’Autriche, le Chili, l’Italie, Singapour, la Suisse, rejoints par le Brésil de Bolsonaro – en tout 42 nations -, n’ont pas signé ou voté le pacte de Marrakech.

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