Editoriaux - Religion - 8 novembre 2018

Le petit Dijonnais ne s’appellera pas Jihad

Meghan, l’épouse du prince Harry, attend un bébé et les paris sont ouverts : Charles ? Henry ? Édouard ? Dans un pays où Louis est considéré comme exotique, le risque d’un prénom inconvenant est mince. En revanche, en Allemagne, en 2002, un couple s’est vu refuser le droit de donner le prénom Oussama ben Laden à leur fils. Et en Amérique, dans le New Jersey, en 2009, des parents n’ont pas pu baptiser leur fils Adolf Hitler.

La France a longtemps interdit d’autres prénoms que ceux du calendrier chrétien. Mais la liberté de donner le prénom de son choix, consacrée par la loi du 8 janvier 1993, a occasionné, dans un premier temps, une floraison de Kevin, Julian et autres Jason, marquée du sceau de l’américanofolie des années Johnny et, plus récemment, des prénoms africains comme Hapsatou ou Mamoudou. On peut, certes, penser, comme Éric Zemmour, que porter ces prénoms à consonance africaine rendra plus difficile l’assimilation, mais on ne peut pas considérer que cela nuise à l’enfant au sens de l’article 57 du Code civil.

En revanche, appeler son enfant Jihad, du nom de ce qui est pour les musulmans, certes, un « combat intérieur » mais aussi, et surtout, aux yeux des non-musulmans, la « guerre sainte » que le Coran commande de livrer aux infidèles, et ce, dans un pays où il y a eu, depuis 2012, tant de morts atroces perpétrées par des djihadistes, désignera à tout coup l’enfant comme un terroriste potentiel ou un soutien à ces derniers.

Voilà ce que pense, en tout cas, l’officier d’état civil de la mairie de Dijon qui, devant la demande d’inscription à l’état civil d’un petit « Jihad », a déclenché, mardi, la procédure prévue par l’article 57 du Code civil. Cet article dispose que, si les parents attribuent des noms « contraires à l’intérêt de l’enfant, l’officier de l’état civil en avise sans délai le procureur de la République [qui] peut saisir le juge aux affaires familiales » et en « ordonner la suppression sur les registres de l’état civil » en « attribuant, le cas échéant, à l’enfant un autre prénom […] à défaut par les parents d’un nouveau choix qui soit conforme aux intérêts susvisés ».

Un cas semblable, à Toulouse, avait déjà défrayé la chronique, en 2017, et Natacha Polony, sur Sud Radio, avait jugé que « soit ces parents sont parfaitement idiots et ne comprennent pas que ce prénom est un mot qui véhicule aujourd’hui une idéologie et des morts – dans ce cas, l’État a le devoir de limiter leur bêtise pour l’intérêt de l’enfant. Soit ils savent très bien ce qu’ils font, et c’est encore pire » et concluait son édito par ces mots : « Parmi les enfants morts à Nice, le 14 juillet 2016, l’un s’appelait Mehdi, l’autre Yanis… Préférer Jihad, c’est plus qu’un message, c’est un crachat ! »

À Dijon, la mère du petit garçon a déclaré au Bien public, à propos du prénom de son fils : « S’il n’est pas accepté, j’échangerai deux lettres et je l’appellerai Jahid. »

La sagesse voudrait que la juridiction saisie refuse et déclare : « Attendu que le prénom Jahid, très rare jusqu’en 2009, semble utilisé de plus en plus pour contourner l’interdiction du prénom Jihad dont il est l’anagramme, et qu’il fera de ce fait peser sur l’enfant une suspicion qui pourrait lui nuire… » Une telle décision, intervenant trois ans après la tuerie du Bataclan, serait plus utile que la remise d’une décoration aux parents des victimes.

Car s’ils ont reçu une médaille, c’est que leurs enfants sont morts pour la France face à l’ennemi. Et, donc, qu’il y a un ennemi. Et, donc, qu’il ne faut pas qu’il soit possible de prénommer les enfants, de manière claire ou détournée, du nom de la guerre que ce dernier entend mener à la France.

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