Editoriaux - Société - 5 août 2018

Le pape et la peine de mort

Le pape François n’est pas ordinaire.

Entre provocations et imprudences, fulgurances et audaces, politisation et rigueur doctrinale, avancées et conservatisme, il ne cesse de surprendre au point que le catholicisme traditionnel ne se cache pas d’éprouver de la nostalgie pour Benoît XVI en espérant, par ailleurs, pour l’Église, un futur moins bouleversant.

Pourtant, le pape vient d’accomplir un geste fort qui se situe dans la droite ligne d’une religion qui ne veut plus transiger avec ses valeurs. Il a déclaré la peine de mort « inadmissible » et l’article du Catéchisme de l’Église catholique en condamne désormais le principe.

Pour ceux dont la philosophie s’accordait depuis toujours avec ce refus, rien de nouveau sinon la confirmation solennelle d’un humanisme ne tolérant aucune exception.

Mais si on s’attache à revenir sur l’histoire des relations entre ce qu’on doit à Dieu et ce qui relève de César, nul doute que la modification par rescrit de l’article 2267 du Catéchisme va enlever aux pouvoirs se réclamant d’une culture chrétienne la justification pragmatique qui leur permettait d’oublier cette dernière pour se plier à la raison de l’État.

Dorénavant, avec ce coup décisif du pape François, on ne pourra plus se réfugier derrière une ambiguïté autorisant, au nom d’un double langage, la peine de mort sur un plan profane et politique alors que le registre sacré la récuse absolument.

Prenons l’exemple du général de Gaulle qui, en plusieurs périodes de sa vie historique, n’a pas vraiment lésiné sur les exécutions de peines capitales alors que, par ailleurs, sa pratique intime et revendiquée l’inscrivait dans le catholicisme. Sans doute aurait-il eu plus de mal à se sentir à l’aise comme chef d’État et en qualité de chrétien avec cette interdiction officielle et doctrinale de la peine de mort. Les circonvolutions n’auraient plus été possibles et il aurait fallu choisir son camp sans prétendre jouer sur les deux tableaux.

Si l’Église catholique a œuvré, en effet, pendant des décennies à l’abolition de la peine capitale, la manière dont elle semblait s’en accommoder parce que le registre du régalien n’était pas le sien a sans doute atténué la portée de ses condamnations morales. Alors qu’il s’agit maintenant, de sa part, d’une « opposition catégorique » qui serait vide de sens si le pouvoir papal ne faisait pas tout pour la faire respecter, et d’abord par ceux se recommandant du catholicisme.

Je me souviens, durant ma vie professionnelle et lors des multiples conférences qui l’ont accompagnée et suivie, des inévitables débats sur la peine de mort et des questions qui m’étaient posées : l’avais-je requise, l’aurais-je requise ? Je répondais que la peine de mort sanction absolue aurait exigé une justice absolue, ce qui n’était évidemment jamais le cas. Même dans l’arsenal législatif, je ne l’aurais jamais demandée contre un accusé parce qu’elle aurait ressorti à mon sens plus de la métaphysique que de la technique. De la transcendance plus que de notre humanité ordinaire.

Je suis heureux d’avoir été modestement confirmé par le pape François.

Extrait de : Justice au Singulier
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