Editoriaux - International - 26 octobre 2018

Le mur de l’OTAN

Quelques jours avant sa mort, Yvan Blot avait écrit ce texte pour Boulevard Voltaire. La rédaction est heureuse, avec l’accord de sa famille, de le publier aujourd’hui.

Le mur de Berlin est de triste mémoire. Pour qu’il y ait « mur », il faut des conditions au moins chez un partenaire.
1) Une idéologie « dure » gérée par les oligarques qui se croit scientifique ou de logique absolutiste (les droits de l’homme = nouvelle religion dogmatique). C’est incompatible avec la liberté. On affirme des « valeurs » dont Heidegger dit qu’elles sont une insulte envers l’Être. Au nom des valeurs, on attaque l’Être des nations.
2) Une propension à agresser ceux qui pensent autrement avec des sanctions à la clé et à mépriser les votes démocratiques. C’est incompatible avec la souveraineté démocratique.
3) Un dispositif militaire et policier pour appliquer ces principes dictatoriaux.

L’OTAN répond tout à fait à ces trois critères. À l’origine traité anticommuniste, il a été modifié pour assurer la défense des « valeurs occidentales », donc de l’idéologie dure fossilisée.

Ainsi, dans un grand paradoxe historique s’est constituée une nouvelle sorte d’URSS mais fondée sur la dictature idéologique de l’économie de marché dominée par des oligarques.

L’Union européenne est la version politico-économique de ce système oligarchique qui nie les intérêts des peuples et veut étouffer leur voix.

La Commission est une sorte de soviet suprême bureaucratique qui échappe au contrôle populaire, un peu comme la Sainte-Alliance de Metternich en 1815 : tout sauf démocratique (mais renversée par les révolutions de 1830 et 1848).

Le Parlement européen, sélectionné par les partis oligarchiques, est un soviet idéologique intraitable.

Résultat : on a créé un « mur », de l’Estonie à la mer Noire, entre les pays de l’OTAN d’un côté et la Russie et la Biélorussie de l’autre. L’Ukraine balance entre les deux car on n’ose pas la faire entrer dans l’OTAN, par peur des réactions défensives russes. Les Russes et Biélorusses font des manœuvres militaires contre un agresseur virtuel venant de l’Ouest : manœuvres Zapad en 2017.

D’autre part, les Occidentaux envoient des troupes dans les pays baltes, la Pologne et la Roumanie principalement.

Si vous voyagez selon cette ligne de fracture, vous notez qu’il faut des heures pour franchir cette frontière et vous longez des clôtures de barbelés comme au bon vieux temps. On fortifie des deux côtés de ce nouveau « rideau de fer », disons « rideau de barbelés ».

L’OTAN se prétend défensive mais tient des discours idéologiques agressifs et de propagande antirusse. Elle voudrait recréer, en Russie et Biélorussie, la situation de l’Ukraine. Celle-ci est ruinée. Le PNB par habitant est le tiers du PNB russe ! Il faut donc cesser de croire que la Russie est en continuité avec l’URSS. Ce qui ressemble idéologiquement le plus à l’URSS (plus la prospérité économique, certes), c’est l’Europe occidentale.

Aux USA, madame Clinton représente parfaitement ce nouveau totalitarisme très répandu dans les élites dirigeantes qui se battent contre Trump.

La Russie vient de faire des exercices militaires géants avec la Chine (Vostok, 2018). Veut-on créer un bloc Russie-Chine de 1,6 milliard de personnes contre l’Europe occidentale (0,4) et les USA (0,3) ? À long terme, c’est stupide.

De même que les pays satellites d’autrefois stagnaient, l’Europe perd peu à peu du poids face à ces trois blocs USA/Russie/Chine.

Il faut donc attaquer l’idéologie mortifère qui justifie ce nouveau mur de Berlin et permettre la liberté de circulation véritable avec l’Europe de l’Ouest. Il faut donc abandonner, notamment, les sanctions antirusses. On y gagnerait des points de croissance vitaux pour notre avenir européen commun !

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