Culture - Editoriaux - Histoire - Livres - Politique - 30 juin 2018

Le Mai 68 de Gilles Caron à l’hôtel de ville

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Il y a cinquante ans, le 5 mai 1968, un étudiant un peu rouquin, bien mis dans sa veste à chevrons et cravaté comme l’étaient la plupart de ses camarades d’université, était venu manifester devant la Sorbonne. Il rencontra l’objectif d’un Nikon intrépide. Un jeune photographe qu’il avait déjà vu sur la pelouse de la fac de Nanterre, bardé de ses appareils, s’était glissé entre les étudiants et quelques CRS. Le jeune révolutionnaire allait alors se prêter à un jeu qui allait devenir historique. Il se mit à jouer avec l’un des policiers casqué et vêtu de son long imperméable noir. À jouer du regard, à le défier en faisant toutes sortes de grimaces. Chaque expression de son visage était aussitôt immortalisée dans la petite boîte. Et l’une d’entre elles allait faire de ce petit étudiant très correct, avec sa cravate et son veston à chevrons, un monstre de la politique.

L’étudiant n’était autre que Daniel Cohn-Bendit, et le photographe Gilles Caron. De cette célèbre photo des événements de Mai 1968, le futur député allait déclarer que, sans elle, il n’aurait jamais été connu et n’aurait sans doute jamais été aussi loin dans la politique.

Hélas, Gille Caron, avec qui je travaillais à l’agence Gamma, allait disparaître moins de deux ans plus tard avec vingt-quatre de ses confrères sur les routes et dans les forêts du Cambodge. Sa femme, Marianne, et ses deux filles, Marjolaine et Clémentine, allaient redonner vie à l’ensemble de son œuvre au travers de la fondation Gilles-Caron. Gilles n’aura été photographe que cinq ans. Cinq années à être présent là où l’actualité l’exigeait. Cinq années qui se résument à une extraordinaire collection de cent mille photos sur lesquelles Michel Poivert, historien de la photographie, travaille avec passion pour nous offrir des livres et cette très belle exposition que l’hôtel de ville de Paris propose jusqu’au 25 juillet.

Auteur d’une succession incroyable de clichés mythiques réalisés en une période de vie aussi courte, on peut dire que Gilles Caron a été l’un des fondateurs du photojournalisme. L’année 1968 à elle seule lui aura permis de fixer à jamais pour l’Histoire Mai 68, la révolte des catholiques d’Irlande du Nord, celle des étudiants de Prague, la tragédie du Biafra, où il se rendra à trois reprises dans l’année, la guerre du Vietnam. L’année d’avant, en 67, il aura été le premier journaliste à atteindre le canal de Suez avec les troupes israéliennes. Et ses portraits du général de Gaulle qui ornent actuellement la salle d’exposition de l’hôtel de ville en disent long sur la vision que pouvait avoir du monde, de l’actualité et des hommes qui font l’Histoire ce jeune photographe disparu à l’âge de 31 ans.

Le travail scénique qui a été réalisé dans cette très belle salle parisienne est remarquable. Plus de 300 photos y sont présentées. Mai 68 vu par Gilles Caron sera la grande exposition-mémoire, incontournable, pour revivre les deux mois qui ont bouleversé « la vie d’avant ».

Toutes ces photos, de Mai 68 au Biafra, vous les avez en tête, tant elle vous ont marqués de par leur qualité visuelle et émotionnelle.

Une expo à voir. Et c’est gratuit… Pour une fois, on peut dire merci à Madame Hidalgo.

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