Editoriaux - Le livre de l'été - 8 août 2018

Le livre de l’été : Le Puy du Fou, un rêve d’enfance, de Philippe de Villiers (3)

Comme chaque année, à l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre des extraits de livres. Cette semaine, Le Puy du Fou, un rêve d’enfance, de Philippe de Villiers.

La nuit du déclic

[…] Nous sommes face à une civilisation paysanne, dans un vieux bourg notarial : les gens ne me croient pas. Il faut leur donner un à-valoir, un acompte sur bienfaits à venir. Un aperçu du spectacle. Il faut leur mettre l’œil à la fenêtre. Une minute d’embrassement suffira pour dégeler les cœurs.
Je vais donc fabriquer cet « à-valoir » sur spectacle à venir. Ce sera un texte, une voix, une image. Un condensé de deux minutes. J’enregistre trois phrases de Jean Piat sur un petit magnétophone amateur.

Par voie de presse, les autorités et toute la population des environs sont invitées à passer de l’autre côté de l’étang. Nous sommes le 3 décembre 1977. Il gèle à pierre fendre. Nous allons briser la glace. Avec un petit échantillon du spectacle : l’embrasement du château. J’ai réussi à trouver un sonorisateur. Et un volontaire, Michel Bossard, qui installe plusieurs « deux chevaux » sur la terrasse pour éclairer le château. La lumière est jaune-phare mais efficace.

Pendant deux minutes et demie, s’élève la voix de Jean-Piat : « En cet été de 1793, il n’avait pas encore seize ans. Il était garde au Puy du Fou. Il s’appelait Jacques Maupillier… » C’est magique, cette voix lointaine, au timbre enjôleur. C’est du « haut niveau… », avoue un notable, beau joueur, qui se tient le menton. L’impression est forte. Le doute change de camp.
L’étang est une patinoire à reflets gigantesques, il fait moins dix, mais il y a mille personnes, qui ont progressé le long d’un chemin de petites bougies jusqu’à la colline des trois sapins.
Les communiqués ont porté leurs fruits. Il y a foule et la curiosité est là. Quelque chose s’est débloqué.
Après cette démonstration en forme de clin d’œil populaire, avec quelques silhouettes de figurants évoluant sur la terrasse, ainsi bien éclairées par les voitures en pleins phares, tout le monde se retrouve dans l’aile nord du château, ouverte à tous les vents et où ronfle un feu de cheminée pour un vin chaud bien mérité. […]

Dès le lendemain, le cahier d’inscription que nous avons ouvert se couvre de noms. De nombreux volontaires nous réclament, pour le lire tranquillement chez eux et s’imprégner du spectacle, le « Guide pratique » que j’ai rédigé cet été et qui contient, outre le scénario et les textes, toutes les indications de mise en scène. […] Désormais, on m’accueille, on m’écoute, on m’invite même chez l’habitant. […]

Puis vient la soirée de l’irréversible

[…] L’équipe dirigeante, désormais élargie aux nouveaux arrivants de l’organigramme printanier, décide d’organiser une grande réunion de tous les membres de la jeune association. Ce sera le 11 mars 1978. Je choisis à dessein, comme lieu d’accueil, la grande galerie du château Renaissance. […] Je me souviens encore de mon entrée en matière : « Chers amis, dans quelques semaines, cette colline sera connue de tous les Français… On y viendra de loin. » Je ne peux pas poursuivre. Les vivats, les cris d’allégresse couvrent ma voix. Alors, en pesant mes mots, et en mettant la main en visière, je martèle : « Un jour viendra, chers amis, ou vous direz à vos enfants : j’y étais. Oui, un jour, c’est le monde entier qui viendra au Puy du Fou… »
La salle explose. Les gens sont debout. Je suis ému aux larmes. Car je sens que tout vient de basculer. Alors je délivre mon serment fondateur : « Tant que le Puy du Fou vivra, la Cinéscénie sera bénévole. Il n’y aura jamais de droit d’auteur pour les scénarii à venir, je vous en fais la promesse sur mon honneur ; je suis venu ici, avec vous, déposer un acte d’amour ». […]

La première bataille vient d’être remportée. Le camp de la grogne et de la renfrogne ne peut plus grossir ni prospérer. Le 11 mars 1978 reste, dans l’histoire du Puy du Fou, une date-clé. Nous voilà dans l’irréversible. Nous irons jusqu’au bout.

Commentaires fermés sur Le livre de l’été : Le Puy du Fou, un rêve d’enfance, de Philippe de Villiers (3)

À lire aussi

Le livre de l’été : Le Puy du Fou, un rêve d’enfance, Philippe de Villiers (7)

En trente minutes, les grands moments de la vie du « Dernier Panache » se succèdent dans u…