Editoriaux - Le livre de l'été - Livres - 19 août 2018

Le livre de l’été : Les Grands Excentriques, de Nicolas Gauthier (7)

Andy Warhol, un quart d’heure de célébrité qui dura toute une vie

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Comme chaque année, à l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre des extraits de livres. Cette semaine, Les Grands Excentriques, de Nicolas Gauthier.

En 1957, Andy Warhol a déjà été honoré deux fois pour ses travaux publicitaires. La vision warholienne en la matière tient en peu de mots : « Tout est beau… »

Les emballages des corn flakes Kellogg’s, comme les boîtes de soupe à la tomate de chez Campbell’s. Mais aussi les bandes dessinées de Superman, de Popeye ou de Dick Tracy. Sans oublier les billets d’un dollar et les bouteilles de Coca-Cola. Ces icônes de la culture populaire, il a l’idée de génie de les détourner à son profit : le pop art vient de naître ; et sa fortune, dans la foulée. Car Andy Warhol est à la fois un petit filou et un gros malin. Détourner un dessin existant, voilà qui évite de sortir pinceaux, tubes de gouache et boîte de crayons. En commercialiser des centaines d’exemplaires en sérigraphie, ça rapportera toujours plus que d’en vendre un seul. Et faire exécuter ces sérigraphies par des disciples quasi bénévoles, dans un atelier tout exprès créé en ce but – The Factory -, c’est encore moins fatigant. Dans un grand élan de franchise, il ajoute : « Tous les tableaux devraient être de la même taille et de la même couleur de sorte qu’ils seraient interchangeables et que personne n’aurait le sentiment d’en avoir un bon ou un mauvais. »

Derrière le trait d’esprit, on sent évidemment poindre un goût affirmé pour les économies d’échelle.

[…] Il tâte également du cinéma avec Sleep, qui affiche exactement 321 minutes au compteur. 321 minutes durant lesquelles on voit dormir un certain John Giorno. C’est tourné en noir et blanc. Plus économe, on ne fait pas. Pas de dialogues et encore moins de poursuites de voitures : juste John Giorno qui dort, tel un bienheureux. Et comme Andy Warhol a préféré tourner le tout sans le son, on n’entend même pas John Giorno ronfler. Les spectateurs non plus, probablement endormis depuis longtemps. Quand on lui demande la raison d’un tel film, il répond, laconique : « Je connais bien cette personne. Ça a toujours été un gros dormeur… »

[…] Si Andy Warhol n’était pas forcément de droite, il était encore moins de gauche, comme souvent les immigrés en provenance d’une Europe de l’Est sous occupation soviétique. Il fréquente même le très distingué Aspen Institute, club américain où se rencontrait régulièrement le gratin du monde économique, intellectuel, militaire et artistique de l’Amérique en guerre. À cette vie et cette carrière éminemment bien remplies, il ne manquait plus qu’Andy Warhol ait été supplétif de la CIA, une sorte de SAS portant toupet ; ce qui, nonobstant, fut fait. Résultat : le pop art est demeuré américain, au lieu de basculer dans le camp communiste, tandis que le président Mao se trouvait ravalé au rang d’icône glamour, dépolitisé, aussi dépolitisé qu’une boîte de Campbell’s Soup. Pas mal joué…

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