Cinéma - Culture - Editoriaux - Presse - Table - Théâtre - 2 juillet 2018

Le flm Bécassine, une insulte pour les bretons ? Bruno Podalydès refuse la polémique

Bécassine a 113 ans. C’est en 1905 que Jacqueline Rivière, rédactrice en chef de La Semaine de Suzette, hebdomadaire « attaché à faire la place de l’enfant chrétien dans la presse », doit faire face à la défection d’un auteur, la veille de la parution du premier numéro. Elle demande alors au dessinateur Joseph-Porphyre Pinchon d’illustrer au pied levé une des mésaventures de sa jeune bonne. Pinchon, originaire d’Amiens, prend son modèle autour de lui : le costume de la jeune bonne sera picard, et ce sont les vols de bécasses de la baie de Somme qui inspireront son prénom : Bécassine. Elle enchantera des générations d’enfants avec sa bille ronde, son allure gauche, son costume vert, sa coiffe blanche et son éternel parapluie rouge.

Mais en 1913, l’éditeur Maurice Languereau, dit Caumery, qui désormais scénarise les albums de Bécassine, lui donnera le nom d’Annaïck Labornez, et situera son village de Clocher-les-Bécasses en Bretagne. Ce qui provoque, aujourd’hui encore, l’ire de certaines associations bretonnes qui, se sentant méprisées à travers le personnage, boycottent le film.

Bruno Podalydès y met pourtant en scène une Bécassine pleine de charme et évite les clichés d’antagonisme de classe ou de dichotomie Paris/Province.

On y découvre une enfant née sur le sol en terre battue d’une ferme où le progrès n’a pas encore pénétré, qui s’émerveillera de découvrir l’électricité, le téléphone, le confort et la beauté des décors au château de madame de Grand-Air. Cette dernière l’embauchera, malgré ses maladresses et sa naïveté, car elle possède ce qui ne s’apprend pas : un cœur d’or et une bonne volonté à toute épreuve.

Le film est une œuvre familiale. Bruno, scénariste du film, y interprète aussi un magicien montreur de marionnettes, tandis que son frère Denis, acteur, y joue le conseiller de la marquise.

De leur enfance heureuse à Versailles où leur mère était professeur, leur grand-mère libraire et leur père, issu de la diaspora grecque, pharmacien. Mais aussi de sa fin tragique – les parents se séparent, un des quatre frères se suicide -, les deux frères Podalydès avaient fait des films forts : Adieu Berthe, Liberté-Oléron, Versailles Rive-Gauche.

Bécassine est, à l’inverse, un film léger, drôle et charmant. Il a néanmoins une puissance que lui confère la qualité de la distribution.

Michel Vuillermoz en oncle Corentin viril et affectueux, Karin Viard en madame de Grand-Air évaporée mais généreuse, Josiane Balasko en femme de ménage revêche, font un malheur. Bruno Podalydès en Rastaqueros, qu’on croit être l’affreux Rastapopoulos de Tintin, mais qui se révèle être un Grec certes facétieux roublard et joueur mais finalement intelligent et bien intentionné – hommage à ses origines ? -, est très convaincant.

Mais la découverte du film est sans conteste Émelyne Bayart, qui se coule dans ce personnage de Bécassine, tout de bonté, avec un naturel parfait, et l’habite avec une sorte de grâce. Laissons lui le dernier mot : « J’ai accepté le rôle, car ce film est empreint de poésie, d’humanité, de drôlerie. » Et elle sait de quoi elle parle, elle qui, cet hiver, au théâtre du Rond-Point, dans un spectacle en solo, D’Elle à Lui, a interprété avec une drôlerie irrésistible mais aussi une véritable émotion ces anciennes chansons françaises qui, comme on sait, ne manquaient ni de poésie ni d’humanité .

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