Le « dragon chinois » va finir à l’hospice

Docteur en science politique et essayiste
 

Il est de bon ton d’évoquer la puissance économique chinoise pareille à un bulldozer. Deuxième puissance économique du monde avec un PIB autour des 8.000 milliards de dollars, appelée par certains à ravir la place des États-Unis (15.600 milliards de dollars), la prépondérance chinoise semble inévitable. Depuis la décennie 1980 jusqu’en 2011, le PIB chinois a crû en moyenne de 10 % par an. Cependant, l’interconnexion des économies se fait sentir depuis que la crise ravage les États-Unis et l’Union européenne. Dans le cas chinois, ce n’est pas tout de produire, encore faut-il exporter. Avec la crise, les consommateurs euro-américains sont beaucoup moins voraces. Le PIB chinois fond désormais comme neige au soleil, oscillant entre 7 % et 8 % pour 2013. Certains estiment même que la baisse pourrait s’accentuer. Cette évolution ne permettrait plus de maintenir l’appareil économique chinois à flot.

Plusieurs dizaines de millions de Chinois issus des zones rurales tentent leur chance vers la côte industrialisée. Ce flux s’ajoute aux 150 millions de Chinois appelés « populations flottantes » et errant au gré des offres d’emplois qui se font de plus en plus rares. Des zones entières du littoral chinois licencient. La classe moyenne, forte d’environ 470 millions de personnes, encaisse les coups. Face à cette détérioration, les autorités de Pékin ont injecté depuis 2009 près de 12 % du PIB en faisant crédit afin de doper la croissance. L’ensemble a conduit au gonflement de la bulle immobilière tandis que des tensions sociales commencent à agiter le pays.

Cependant, un mal beaucoup plus profond ronge la Chine : sa démographie. La connaissance d’un pays passe toujours par les critères quantitatif et qualitatif. Dans le cas chinois, de nombreuses métastases assombrissent l’avenir du pays comme le démontre l’étude du Center for Strategic and International Studies publiée en 2009.

La politique de l’enfant unique lancée au début de la décennie 1980 a conduit à une fragilisation profonde de la pyramide des âges. La promotion d’un unique rejeton par couple, très souvent mâle, se traduit par un déséquilibre. Alors que la moyenne générale est de 105 bébés garçons pour 100 bébés filles, le cas chinois en 2005 était de 119 au détriment de la gent féminine. Pour 2020, il est prévu que 30 millions de Chinois mâles en âge de se marier ne trouveront pas leur dulcinée. La population de plus de 60 ans, avide de soins médicaux en tout genre et dépendante de l’enfant unique roi, va quadrupler, passant de 144 millions en 2005 à 438 millions en 2050 (dont 103 millions de plus de 80 ans). Bénéficieront-ils d’une véritable protection pour leurs vieux jours en raison des charges multiples pesant sur des actifs de plus en plus réduits et égoïstes ? En effet, les répercussions sur le coût du travail se feront inévitablement sentir. Les statistiques révèlent qu’en 2005, il y avait 16 Chinois âgés pour 100 actifs. En 2025, le ratio passera à 32 et, pour 2050, à 61. S’appuyant sur cette étude américaine, la revue « Diplomatie » précise que de 2010 à 2020, 74 millions de Chinois passeront le cap des 60 ans alors que, sur la même période, un seul million d’actifs arrivera sur le marché du travail, chiffre ridicule pour un pays de 1,3 milliard d’habitants.

L’avenir de la Chine va connaître des troubles sociaux. Les dirigeants de ce pays ont oublié cette maxime chère à Jean Bodin : « Il n’est de richesses que d’hommes ».

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