Editoriaux - Histoire - 30 octobre 2018

Le difficile retour de l’Alsace à la France en 1918

En novembre 1918, le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg mais la révolution alsacienne sera de courte durée. L’aventure des soviets strasbourgeois tourne court le 22 novembre 1918 avec l’entrée des troupes françaises venues mettre fin aux craintes d’un Grand Soir.

« Plutôt Français que rouges », ouf… le retour de l’Alsace à la France, après 47 années de souveraineté allemande, suscite une vague d’enthousiasme mais, après l’euphorie des retrouvailles, le soufflé tricolore allait très vite retomber. La « question alsacienne » sera maladroitement gérée à partir de Paris, contraignant les Alsaciens à des démarches parfois compliquées et fastidieuses, souvent humiliantes, comme le fait de devoir justifier de trois générations successives ayant vécu en Alsace pour avoir le « privilège » de reprendre la nationalité française.

Par ailleurs, des « comités » d’épuration – appelés encore… commissions de triage – mettent en œuvre une véritable campagne de nettoyage ethnique : 112.000 résidents alsaciens, suspectés d’être « allemands » ou pas assez francophiles, seront expulsés ou assignés à résidence. Albert Schweitzer – futur lauréat du prix Nobel de la paix – sera fiché comme un espion à la solde de l’Allemagne et la police le surveillera jusqu’en 1920. En septembre 1917, dans son hôpital de Lambaréné, Albert Schweitzer et son épouse avaient même été arrêtés, considérés comme prisonniers de guerre et envoyés en France, où ils seront internés jusqu’en 1918 dans un camp de prisonniers civils à Notre-Dame-de-Garaison, dans les Hautes-Pyrénées.

Il s’agit ni plus ni moins de « débochiser » l’Alsace : l’allemand devient une langue étrangère, la langue de l’ennemi, et l’alsacien considéré comme un patois folklorique. L’enseignement en Alsace-Lorraine est francisé avec succès par des enseignants envoyés d’autres régions de France. Le cartel des gauches échoua, en revanche, à supprimer le Concordat napoléonien pour introduire la législation française de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. L’opposition alsacienne fut vent debout, et le gouvernement dut renoncer à ce projet.

Alors, toujours aussi… « con…vaincus », plutôt français que rouges ? Les espoirs déçus des Alsaciens laissent peu à peu la place à la résignation. « On ne peut pas reprendre un peuple comme on va chercher sa montre au mont-de-piété », écrira plus tard l’Alsacien Jean Schlumberger, l’un des fondateurs de la NRF, dans L’Alsace perdue et retrouvée. Dire qu’au début de la guerre en 1914, en reprenant Thann, le maréchal Joffre avait promis aux Alsaciens monts et merveilles, leur garantissant le respect de leurs traditions. « Notre retour est définitif, vous êtes Français pour toujours. La France vous apporte, avec les libertés qu’elle a toujours représentées, le respect de vos libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos mœurs. Je suis la France, vous êtes l’Alsace. Je vous apporte le baiser de la France. » De quoi faire « rougir » ou plutôt… rugir l’Alsacien le plus blasé…

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