Editoriaux - Justice - People - Religion - Sport - 18 juillet 2018

Le chevalier footballeur Olivier Giroud et la Légion d’honneur

La Légion d’honneur n’est pas une médaille, comme on l’entend dire trop souvent. La Légion d’honneur est d’abord une légion, c’est-à-dire un groupe, une cohorte d’hommes et de femmes rassemblés, en principe, dans le respect des mêmes valeurs : « Honneur et Patrie ». On ne parle pas, là, de valeurs de la République mais de celles qui dépassent la République et qu’ont portées les légionnaires depuis la création de l’ordre par Napoléon Bonaparte. La preuve en est, c’est que cette devise fut conservée sous la Restauration, la monarchie de Juillet, le Second Empire et, finalement, la République. On ne devrait pas dire « J’ai la Légion d’honneur » mais « J’appartiens à la Légion d’honneur ».

Reçue, promue ou élevée dans l’ordre, la personne distinguée reçoit l’accolade et parfois, pour les militaires, l’adoubement par l’épée, le sabre ou le poignard, car la Légion d’honneur est un ordre de chevalerie. Et elle devrait bientôt compter parmi ses membres un vrai chevalier qui ne manque pas de panache. Ce chevalier s’appelle Olivier Giroud, trente-deux ans en septembre, attaquant des Bleus, champions du monde de football. Interrogé par BFM TV au sujet de sa prochaine nomination dans notre premier ordre national avec ses vingt-deux camarades, il a replacé les choses à leur juste valeur en faisant cette déclaration : « Ça représente beaucoup, de recevoir la Légion d’honneur. Ça veut dire que tu as fait beaucoup pour ton pays. Je pense surtout aux combattants qui vont à la guerre et qui la méritent bien plus que nous. » Des propos inimaginables, il y a vingt ans. C’est donc que, peut-être, tout n’est pas fichu dans ce pays ! Mais Olivier Giroud accepte d’être décoré : « C’est comme ça, quand tu es champion du monde, tu as certains avantage. » Une amie, un jour, m’avait dit qu’elle avait refusé les Palmes académiques. Je lui avais alors répondu : « Mais qui êtes-vous donc pour refuser cette décoration ? N’est-ce pas faire preuve d’orgueil que de refuser ce ruban et la vraie modestie ne consiste-t-elle pas à accepter qu’une autorité vous distingue ? » Notre champion du monde a la modestie d’accepter : « Je la prendrai avec plaisir, je la bichonnerai. » Dans son langage de jeune homme de trente ans, « bichonner », cela veut dire « respecter ». Alors, respect !

Vingt-trois hommes vont donc recevoir l’étoile à cinq branches de la Légion d’honneur pour avoir offert une deuxième étoile au football français. Vite, alors, il va falloir trouver vingt-trois femmes à décorer. Au nom de la parité ! Liberté, Égalité, Fraternité, Parité. Une invention – encore une – de Nicolas Sarkozy qui, décidément, n’en a pas raté une. C’est ainsi que, dans la promotion civile du 14 Juillet, on recense 392 personnes : 196 femmes, 196 hommes. Pile poil ! Bon, si on creuse un peu et qu’on regarde par grades et dignités, on voit que la parité n’y est pas tout à fait : 321 chevaliers, faites le compte…

Cette parité dans la reconnaissance des mérites éminents est sans doute la source d’injustices qui resteront dans le secret des ministères lors de la constitution des listes des proposables pour le très convoité ruban rouge. Mais si c’est pour la bonne cause ! Il faudra, cependant, qu’on nous explique comment on compte concilier, dans le futur, cette parité avec les valeurs fondamentales de la République tel que la majorité macronienne a proposé de les réécrire la semaine dernière à l’Assemblée. En effet, on a voulu remplacer le mot tabou « race » par « sexe ». On verra la prochaine fois pour introduire le mot « genre ». Step by step, comme on dit dans la start-up Macron. Alors, va pour cette fois avec « sans distinction de sexe ». Ce qui donnera ceci : « Elle [la République] assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion. » Or, la Légion d’honneur est une distinction des mérites, pas de sexe…

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