Editoriaux - Médias - Télévision - 15 janvier 2019

Le 20 h de TF1 fait une rétrospective des manifestations de ces dernières années… et omet LMPT !

C’est entendu, les récentes agressions de journalistes sont à vigoureusement condamner.

Il importe, néanmoins, d’analyser. Cette animosité manifestée par certains gilets jaunes avec beaucoup de virulence trouve sa source dans le sentiment que l’actualité n’est pas traitée comme elle le devrait : que les faits, dont la presse ne devrait être que le fidèle reflet, sont souvent tordus pour rentrer au chausse-pied dans des pré-supposés. L’information est un miroir, mais un miroir déformant, qui grossit, allonge, aplatit ou rapetisse à loisir.

Le remède, la voie de l’apaisement, serait donc, en toute logique, de veiller à ne pas récidiver. Certains – ils sont attendus au résultat – ont d’ailleurs frappé leur coulpe, faisant ce qu’ils appellent (le mot est joli) leur « média culpa ».

D’autres ne semblent pas prendre le même chemin. Pour preuve la récente rétrospective dans le journal de 20 heures d’Anne-Claire Coudray sur TF1, dimanche soir (13 janvier), visant à établir un comparatif de nombres entre les manifestations de ces dernières années et les gilets jaunes.

Le mini-reportage évoque le million de manifestants durant les grèves de 1995 (c’est dire si l’on remonte), les 800.000 Français qui battaient le pavé pour dire non à la réforme des retraites en 2010, les 350.000 mécontents de sortie en 2016 pour la loi El Khomri et… et c’est tout ! Oui, c’est vraiment tout. Ils ne se moquent pas un peu de nous ?

Des drapeaux roses et bleus, une petite famille en pictogramme, un acronyme – LMPT… TF1 ne se souvient vraiment de rien ? Oubliés, écrasés, effacés, ces manifestants que François Hollande a salués à son corps défendant dans Conversations privées avec le Président (de Karim Rissouli et Antonin André, Albin Michel) : « Je suis lucide. On a traversé beaucoup de moments où la contestation était forte. Le mariage pour tous : un million de personnes dans la rue. » TF1 les aurait donc complètement zappés ?

Peut-être faut-il incriminer un (très, très) jeune stagiaire qui, en 2013, était encore (presque) au biberon ? Mais aura-t-on pour lui la même mansuétude lorsque, évoquant le Vatican, il passera allègrement de Jean XXIII au pape François, ou les derniers conflits, de la bataille de Sedan à la guerre d’Algérie ?

Et pourtant, ici, pas de quoi boycotter pour cause de reporters agressés. Ces braves gens n’étaient pas bien méchants, peut-être même, disent certains, trop gentils. Pour la manif du 21 avril 2013, Frigide Barjot avait même établi un « dress code » conseillant d’éviter les allures trop compassées, histoire de ne pas excéder la presse ni se faire ridiculiser par « Le Petit Journal ». Cette France bien élevée se relookait pour charmer les journalistes. C’est dire si elle les soignait. Il faut être bien ingrat pour les oublier aujourd’hui.

Sans doute les gilets jaunes ne portent-ils pas les mêmes revendications. Mais ils ont des yeux pour voir, et le souvenir de la pancarte « Macron dégage » passablement relookée elle aussi est encore très frais : certains se prendraient-ils pour Ma sorcière bien-aimée, croyant qu’il leur suffit de plisser le nez (de dégoût) pour tout faire disparaître ?

Alors que la mission parlementaire sur la loi bioéthique vient de se déclarer favorable à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes – Le Monde parle d’un rapport « audacieux » -, ceux qui préféraient ne plus y penser risquent d’être rappelés très vite à la réalité par le cercle des manifestants disparus. Puis revenus.

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