5 décembre 2016

L’Autriche ne complétera pas le Grand Chelem populiste de 2016 !

Dès 17 h, avec la fermeture de certains bureaux de vote en début d’après-midi, les résultats du « troisième tour » de l’élection présidentielle autrichienne annonçaient nettement la victoire du candidat écologiste indépendant Alexander Van der Bellen.

Ainsi, Norbert Hofer, qui avait vaincu la paraplégie après un accident, n’entrera pas à la Hofburg. Il a recueilli 48,3 % des suffrages exprimés, avant même le dépouillement des votes par correspondance, qui devraient accentuer l’écart creusé par Alexander Van der Bellen, crédité de 51,7 % dimanche soir.

Après le Brexit britannique et l’élection américaine, nombreux pensaient possible la victoire du FPÖ en Autriche. Tel n’a pas été le cas.

Quelles leçons tirer de ce scrutin et de ses conséquences ?

– Le Brexit et l’élection de Trump ont été des surprises et ont déjoué les pronostics. Tout comme la première élection présidentielle autrichienne de mai 2016, finalement annulée en raison du score serré et d’irrégularités dans le dépouillement des votes par correspondance.

– La crise migratoire, qui a atteint son pic en 2015 et jusqu’au début de 2016 (lorsque l’Autriche a finalement mis un terme à la route des Balkans), a joué un grand rôle dans la progression du FPÖ. Son éloignement dans le temps lors du scrutin de décembre 2016 est susceptible d’avoir freiné la mobilisation en faveur de Hofer.

– Le changement de cap radical sur la question migratoire du gouvernement de coalition SPÖ-ÖVP (socialistes-conservateurs) initié par le départ du chancelier Faymann en mai 2016 a produit ses effets.

– Les résultats du vote ont confirmé la dimension géographique des votes Van der Bellen et Hofer. Même dans les régions emportées par Hofer (Basse-Autriche, Burgenland, Carinthie, Salzbourg, Styrie), les capitales de ces régions ont toutes voté majoritairement pour Van der Bellen.

– Bien que le président autrichien ne dispose que de peu de prérogatives, il a la possibilité de bloquer la constitution d’un gouvernement. Représentation proportionnelle oblige, les gouvernements autrichiens sont toujours des gouvernements de coalition. Or, Alexander Van der Bellen a fait savoir qu’il s’opposerait à un gouvernement auquel participerait le FPÖ.

– La progression du FPÖ, lors des derniers scrutins, s’est largement faite au détriment des conservateurs de l’ÖVP, lors des élections de Vienne comme lors de la présidentielle.

– Désormais, le FPÖ a le regard tourné vers les législatives de 2018. Il est actuellement crédité de 35 % des intentions de vote. Le grand défi, pour le FPÖ, sera de maintenir sa dynamique malgré le risque de veto présidentiel, voire de convaincre les 12-13 % d’électeurs ayant voté Hofer en 2016 d’en faire de même pour le FPÖ en 2018.

Il est fort probable que, dans l’immédiat, le résultat autrichien réjouisse les tenants du « système », pour reprendre une expression phare des « populistes ». La zone de turbulence engendrée par le référendum italien devrait toutefois rapidement refroidir les uns, et consoler les autres.

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