Editoriaux - Entretiens - Politique - 16 février 2019

Laurent Dandrieu : « Sodoma confirme l’existence d’un lobby gay au Vatican »

La semaine prochaine sortira le livre de Frédéric Martel, Sodoma. Enquête au cœur du Vatican, sur la place de l’homosexualité au plus haut niveau de l’Église. Analyse de Laurent Dandrieu au micro de Boulevard Voltaire.

La dernière fois que vous êtes intervenu sur notre antenne, vous aviez commenté l’affaire Vigano. Aujourd’hui, le livre Sodoma, de Frédéric Martel, sort en librairie. Il s’agit d’une enquête sur l’homosexualité au Vatican. Ce livre rend-il les mêmes conclusions que l’affaire Vigano ?

Tout d’abord, il n’y a ni lien ni relation de cause à effet entre les deux événements. Le livre de Frédéric Martel procède d’une enquête de longue haleine. Cela fait quatre ou cinq ans qu’il enquête sur le terrain pour sortir ces informations très délicates et difficiles à rassembler.
Mgr Vigano, ancien nonce à Washington, sort son rapport en août dernier pour dénoncer la présence d’un lobby gay au Vatican, ainsi que la complaisance du pape François vis-à-vis de ce lobby. À ce moment-là, tout le monde crie au scandale sur Mgr Vigano. Les critiques répliquent que ces éléments ne sont pas fondés et qu’ils sont homophobes. Ils avancent qu’il s’agit d’un complot des conservateurs contre un pape progressiste. Les grands médias ont donc traité ces révélations avec beaucoup de dédain. Ils ont, en fait, plus traité le scandale de ce Mgr Vigano qui se permettait d’attaquer le pape que le fond des accusations qu’il proférait.
Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire le livre de Frédéric Martel, j’en ai juste lu quelques bonnes feuilles et les interviews qu’a données l’auteur au Point. Il est troublant de constater que ce livre semble conforter certaines révélations de Mgr Vigano, notamment sur deux points : l’existence d’un lobby gay très puissant au sommet de l’Église et la protection des prédateurs sexuels présents dans l’Église par les prélats faisant partie de ce lobby.
Ce lobby gay rassemblerait, en effet, des cardinaux et évêques en position de responsabilité très élevée et très importante. Ils seraient d’autant plus nombreux qu’ils agiraient par cooptation, favorisant la carrière des uns et des autres. Ils se protégeraient par un jeu de « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, si tu ne dénonces pas mon homosexualité, je ne dénonce pas des actes pédophiles ».
Il existerait donc un jeu d’influence absolument malsain que dénonçait Mgr Vigano et qui est mis en lumière également par Frédéric Martel.
En revanche, Frédéric Martel diverge sur d’autres aspects par rapport à Mgr Vigano.

Qui est Frédéric Martel ?

Frédéric Martel est à la fois journaliste et sociologue. Il a une réputation de sérieux dans ses enquêtes. J’avais moi-même rendu compte de son livre Le Rose et le Noir, il y a quelques années de cela. Il expliquait, dans ce livre, comment la communauté homosexuelle, en France, utilisait certains événements pour faire progresser ses idées et étendre son influence sur certains sujets. Ce livre était très argumenté sur les faits. On pouvait, toutefois, diverger sur ses interprétations.
Frédéric Martel est un homosexuel militant tout à fait assumé. Il a, pour objectif, la défense d’un certain nombre de causes homosexuelles. Le livre reflète ces deux aspects.
Il a établi un certain nombre de faits d’autant plus facilement qu’il est lui-même homosexuel et qu’il connaît les codes de cette communauté. C’est probablement ce qui lui a permis d’amener certains ecclésiastiques à se confier sur ces sujets épineux. En revanche, il a des interprétations quelque peu hasardeuses. Quand il s’agit de l’intimité des personnes, les propos sont souvent réduits à des interprétations ou à des devinettes. Je pense que certaines interprétations sont malheureuses, voire calomniatrices.
Il y a également un agenda politique derrière la publication de ce livre. Il s’agit de montrer que le problème ne serait pas tant la présence d’homosexuels au sein de la hiérarchie de l’Église mais le fait que cette présence soit réduite à la clandestinité par le fait que l’Église s’obstine à condamner l’homosexualité. De cette interdiction résulterait, chez ces prélats, une sorte de schizophrénie, source d’hypocrisie dans les prises de position, mais aussi de certaines déviances sexuelles.
De ce que j’ai compris, selon Frédéric Martel, si l’Église arrêtait de condamner la sexualité, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle d’ailleurs, notamment par l’impératif de chasteté qui est fait aux prêtres, il y aurait beaucoup moins de problèmes, voire plus du tout d’abus sexuels dans l’Église.
Pour Frédéric Martel, le problème n’est pas qu’il y ait des homosexuels dans la hiérarchie de l’Église, mais l’hypocrisie de l’Église.

Quel est le problème, finalement ? Qu’il y ait un lobby au sein de l’Église ou qu’il y ait des homosexuels au sein de cette institution ?

L’existence de lobbys au sein de l’Église pose, en soi, un problème. Lorsqu’on appartient à l’Église, on sert la vérité catholique et non pas les intérêts de telle ou telle cause particulière.
Il ne vous aura pas échappé que, sur la question de l’homosexualité, l’Église est aujourd’hui la seule institution au monde à avoir sur ce sujet une position discordante. Pour le catéchisme de l’Église catholique, l’homosexualité reste un comportement moralement désordonné. Les homosexuels ne sont pas condamnés en tant que personnes, mais l’homosexualité, en tant que comportement, continue d’être condamnée par la doctrine catholique.
Frédéric Martel révèle, dans son livre, que certains membres de la hiérarchie de l’Église auraient des tendances homosexuelles, et d’autres seraient des homosexuels pratiquants ayant une sexualité active. Il y a, dans ce cas, une double incohérence, à la fois par rapport à l’impératif de chasteté qui s’impose à tout prêtre, et par rapport à la condamnation particulière que l’Église porte sur les comportements homosexuels.
Frédéric Martel a une théorie qui me paraît toutefois complètement fausse. Il dit que la condamnation de l’homosexualité par des prélats catholiques serait d’autant plus virulente que ces prélats seraient eux-mêmes homosexuels. Ils considèrent que lorsqu’un prélat est homosexuel, il aurait tendance à condamner d’autant plus fortement l’homosexualité pour masquer ses propres comportements. C’est là que le livre de Frédéric Martel diverge du rapport de Mgr Vigano.
Mgr Vigano démontrait, à mon avis de façon très convaincante, que ces personnes homosexuelles au sein de la hiérarchie catholique, au contraire, œuvrent à assouplir la doctrine de l’Église catholique dans le sens d’une plus grande tolérance de l’homosexualité. Cette réalité est l’exact inverse de celle que veut démontrer Frédéric Martel.
La deuxième grosse divergence entre les thèses de Mgr Vigano et de Frédéric Martel, et qui est à mon sens la deuxième grosse erreur de Frédéric Martel, porte sur l’interprétation de la politique du pape François. Frédéric Martel décrit le pape François comme le plus scandalisé par cette schizophrénie des prélats homosexuels qui condamneraient l’homosexualité d’une main et la pratiqueraient de l’autre. Il présente le pape François comme résolu à mettre fin à cette schizophrénie. Pour Mgr Vigano, le comportement du pape François trouble dans la mesure où il aurait nommé dans son entourage des prêtres ayant des comportements homosexuels avérés ou ayant une bienveillance doctrinale et personnelle à l’égard de l’homosexualité. Et il est vrai qu’il en existe un certain nombre dans son entourage. L’analyse de Frédéric Martel, de ce point de vue-là, me paraît complètement à contre-courant de la vérité.

À lire aussi

Laurent Dandrieu : « À travers son adhésion au pacte de Marrakech, le Vatican fait preuve d’une vision totalement hémiplégique de la question migratoire »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleDimanche, le pape François a apporté son souti…