Cinéma - Editoriaux - Politique - Supplément - 25 février 2018

L’Apparition et la preuve du divin

Reporter de guerre à Ouest-France, Jacques Mayano rentre de Syrie, traumatisé par la mort d’un collègue, lorsque le Vatican le contacte pour intégrer une commission d’enquête visant à statuer sur la véracité du témoignage délivré par une jeune fille affirmant avoir vu la Vierge Marie. Entouré d’un théologien, d’un prêtre et d’une voyante, le journaliste agnostique accepte la mission et, tout en mettant de côté ses propres doutes spirituels dans un souci d’objectivité, s’attache consciencieusement à enquêter sur Anna afin de savoir si la jeune fille est de bonne foi. Si tel est le cas, s’interroge-t-il, dit-elle la vérité ou bien est-elle victime de démence ? Autrement, pourquoi avoir monté toute cette mascarade ? Par prosélytisme religieux, par amour pour son mentor le père Borrodine, par appât du gain dû à l’exploitation mercantile de l’affaire ou bien, simplement, pour se rendre intéressante comme le ferait n’importe quelle adolescente en mal d’attention ?

Après l’avoir abordée une première fois en 2009 avec À l’origine, le cinéaste Xavier Giannoli réutilise, parmi d’autres, la thématique de l’escroquerie pour son nouveau film L’Apparition, mais pare celui-ci d’une dimension spirituelle supplémentaire conférant à cet énième récit d’investigation un caractère bien singulier. Ni film policier ni drame fantastique, L’Apparition reprend certains codes de l’un et de l’autre sans jamais quitter la zone grise qui les sépare afin de mieux jouer avec nos attentes.

À toutes les questions que se pose le spectateur, le personnage principal incarné par Vincent Lindon tente désespérément, au fil du récit, d’apporter des réponses, quitte à chercher des preuves tangibles à ce qui, par principe, ne peut être prouvé… S’aventurant à première vue dans une voie conforme à la raison, tout en tissant une relation privilégiée et fascinée avec l’objet de ses investigations auquel il semble peu à peu vouloir croire, le journaliste opiniâtre verra ses efforts récompensés pour mieux se retrouver, in fine, face à de nouvelles interrogations. La quête est sans fin et, passé un certain stade, ne relève plus que de la croyance pure et simple. Le propos, certes, est très convenu, le cinéaste n’invente rien, mais seuls comptent, en définitive, les moyens mis à son service, qu’il s’agisse du jeu de piste proposé, des dialogues ciselés, de la justesse des comédiens (Lindon en tête) ou de la bande originale qui ne manque pas d’inspiration.

Hélas, si les vingt dernières minutes du film n’avaient pour effet de hisser Anna au niveau spirituel que tous attendent d’elle, nous serions en droit de penser que le chapitre final de L’Apparition, à trop vouloir donner des gages à l’enquête policière, complexifie inutilement le récit dans une suite de révélations plus ou moins grossières.

On regrettera, enfin, cette tendance latente – et très politiquement correcte –, chez nos « modernes », à ne valoriser la foi qu’à condition que celle-ci s’exerce en dehors du dogme et des canons officiels de l’Église, comme nous le montre en fin de récit le personnage de Mériem, bénévole humanitaire dans un camp de migrants ayant fui l’influence de prêtres (forcément) égarés. L’air de dire que, discréditée de toutes parts, l’Église ne peut raisonnablement qu’être fourvoiement, orgueil et dévoiement du message originel. Une vision simpliste du catholicisme défendue par le cinéaste qui, débarrassé à présent du moindre clergé intercesseur, a tout à voir avec le paradigme protestant et avec le déchaînement individualiste de son « libre examen »…

3 étoiles sur 5

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