L’année prochaine à Jérusalem et Armageddon pour demain ?

L’an prochain à Jérusalem ? C’est aujourd’hui, en 2018, que l’antédiluvienne promesse est exaucée par Donald Trump. Avec, en toile de fond de cette pièce biblique, la question palestinienne, éternel mistigri du théâtre oriental et de la scène internationale.

Avec la reconnaissance unilatérale des USA de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu, des violences étaient à craindre. Le résultat n’a pas tardé : plusieurs dizaines de morts – Palestiniens, on s’en doute – à l’heure où ces lignes sont couchées sur papier, ce lundi. Nul doute que le macabre décompte devrait grimper dans les heures et jours à venir. En la circonstance, la Maison-Blanche s’est-elle montrée irresponsable ? Sûrement. Mais son locataire, au contraire de ses prédécesseurs, a-t-il tenu ses promesses de campagne, que ce soit sur cette ville trois fois sainte, sans oublier le retrait des accords portant sur le climat ou le nucléaire iranien. Au moins, les choses sont claires, dira-t-on. Tant que ça, objectera-t-on ?

Pour le monde arabe, à forte majorité sunnite, la cause palestinienne a souvent fait figure de chiffon rouge agité devant des foules hystérisées, permettant souvent de détourner l’attention du peuple devant une corruption d’État érigée en système (les régimes laïcs de type baasiste, principalement) ou de faire oublier les alliances de fait avec des régimes donnés pour « impies » par la propagande officielle (ceux du Golfe, majoritairement). Bref, cette même cause palestinienne avait le dos assez large pour que ses sponsors, officiels comme officieux, puissent s’asseoir dessus à loisir. Et les Palestiniens, diaspora dont l’élite émigrée a largement contribué à la fortune de ces deux types de régimes, l’échine assez souple pour composer avec la situation.

Pour Donald Trump, cette décision « historique » relève d’un tout autre registre. Afin de parvenir au pouvoir et s’y maintenir, il s’est appuyé sur deux forces. L’une, la masse des laissés-pour-compte de la mondialisation, forte de sa puissance électorale, mais singulièrement peu impliquée dans les affaires du vaste monde. L’autre, la plus importante, celle des puissants réseaux néo-conservateurs et évangélistes. Ce qui unit ces derniers ? Une vision eschatologique de l’Histoire voulant que, lorsque le peuple d’Israël rejoindra enfin la ville où le Temple fut jadis érigé par le roi Salomon, la fin des temps sera proche et l’ensemble des juifs mûrs pour se convertir enfin au christianisme, après lutte finale contre les « infidèles ».

Pour Benyamin Netanyahou, il s’agit, à l’instar de son homologue américain, d’une semblable vision électoraliste à court terme, même si dissimulée par de similaires oripeaux mystico-religieux, tenu qu’il est en otage par d’autres « fous de Dieu » estimant tenir cette terre du Tout-Puissant. Ce qui permet, au passage, de faire oublier que la société israélienne est structurellement malade.

Démographiquement, elle est menacée par ces 20 % d’Arabes israéliens, tenus là-bas pour citoyens de seconde zone, mais engagée dans une « bataille des ventres » qu’elle ne peut, pour l’instant, que gagner. Économiquement, elle ne se porte guère mieux, sachant que malgré son statut de « start-up nation », elle affiche le plus fort taux de pauvreté des pays de l’OCDE, lequel concerne à la fois Arabes israéliens et juifs orthodoxes ; soit les deux populations les plus turbulentes, si éloignées du « bon vivre » des plages d’Haïfa ou de Tel Aviv.

Politiquement, le succès du transfert de l’ambassade américaine ne suffira pas indéfiniment à dissimuler un encerclement l’obligeant à aller désormais chercher des alliés chez ses pires ennemis, Arabie saoudite au premier chef.

Avec les accords d’Oslo de 1993, Israël avait une chance de sortir de l’ornière. Des extrémistes juifs en ont décidé autrement en mettant fin aux jours de leurs deux signataires. Le Premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné par l’Israël d’en bas, le chef de l’OLP Yasser Arafat, poussé vers la tombe par celui d’en haut.

La culture du bonheur semble décidément être un art fort peu pratiqué en cette région du monde.

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