Editoriaux - Justice - Médias - Politique - Société - Table - 17 juin 2017

L’agression de NKM est la conséquence de l’avilissement des mœurs politiques

Nathalie Kosciusko-Morizet a été agressée sur un marché de la place Maubert alors qu’elle distribuait des tracts lors de sa campagne du second tour au cours de la matinée du 15 juin.

Un individu d’une cinquantaine d’années, la traitant de « bobo de merde » et lui reprochant l’élection d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, lui a arraché les tracts, les lui a jetés au visage, NKM est tombée (elle souffre d’un traumatisme crânien), elle est restée au sol, inconsciente, en pleine chaleur : indécence de sa photographie, alors qu’elle est étendue inanimée. Hospitalisée à Cochin, elle n’est sortie que dans l’après-midi du 16, très affaiblie, ayant besoin d’encore « récupérer » et remerciant tous ceux qui l’avaient soutenue, ainsi que le personnel de l’hôpital.

Il y a déjà eu des actes, des gifles, des enfarinages, des bousculades mais c’est la première fois, à ma connaissance, qu’une agression politique est commise sur une femme.

Cet agresseur qui a fait de la haine politique une occasion de défoulement physique participe d’un mouvement qui, subtilement ou ostensiblement, a conduit la classe de ceux qui nous gouvernent et qui nous représentent, gauche et droite confondues, par démagogie ou snobisme, à faire « peuple » sans avoir la dignité du peuple, à faire « jeune » au lieu d’avoir la sincérité et l’enthousiasme de la jeunesse, à faire « grossier » pour se rapprocher du commun quand ce dernier n’aspire, au contraire, qu’à admirer sans se sentir humilié par cette dépendance qui le rassure.

La plupart des politiques se dégradant – NKM y a toujours échappé – ont, d’une certaine manière, légitimé la familiarité, la rudesse des citoyens à leur égard. Étant moins respectables à cause de leurs attitudes inspirées par le désir de se rapprocher au lieu de se distinguer, ils paient une rançon qui, un jour probablement, sera beaucoup plus lourde. Il n’est même pas nécessaire de se rappeler certaines empoignades de Nicolas Sarkozy cultivant les rapports de force et ternissant sa fonction, notamment avec un pêcheur l’interpellant au Guilvinec. Tant d’autres épisodes ont concrétisé cette propension suicidaire à dilapider un crédit et à ruiner un capital d’estime et de vertu : la société en prend acte pour le pire.

On aurait tort de n’imputer qu’à la seule classe politique la constitution d’un terreau à partir duquel toutes les dérives les plus choquantes s’expliquent.

Il peut sembler artificiel de soutenir que des causes lointaines et nombreuses sont à la source de cette brutalité dans le quotidien ensoleillé d’une campagne électorale parisienne. Mais, pourtant, comment nier qu’à tout instant et partout, dans cette immense effervescence des médias et des réseaux sociaux, mille indécences, provocations et transgressions viennent nous habituer, sans plus nous indigner du tout, à l’intolérable.

Quand Stéphane Guillon ironise sur la mort de la mère de Nicolas Dupont-Aignan ou que des êtres humains sont traités d’étrons, que les plaisanteries grasses sont systématiquement applaudies, que le langage est torturé et que la bassesse d’âme et d’esprit fait vendre et amplifie l’Audimat®, que sur Twitter les insultes prospèrent, j’ose soutenir qu’il n’y a pas si loin entre ce constat indiscutable et la violence du 15 juin.

Le président de la République lui a adressé un message et le Premier ministre est allé la voir à Cochin. C’est bien. Les politiques ont été impeccables dans la solidarité après (son « adversaire » de LREM Gilles Le Gendre a, par exemple, aussitôt suspendu sa campagne) mais répugneraient probablement à admettre qu’en amont, certains d’entre eux, en se dépouillant avec méthode de l’allure qui aurait dû continuer à les habiter, ont permis les dérives qu’ils déplorent.

Le Président Macron, à sa manière, attentif à ce que les deux quinquennats précédents ont secrété sur ce plan de négatif, remonte le courant et remet une exemplarité dans le pouvoir pour que le citoyen appréciant celle-là ne méprise plus celui-ci.

Quelle injustice, NKM, cette femme délicate, passionnée et courageuse a toujours été, dans la rue ou sur les plateaux, d’une parfaite correction avec ses contradicteurs. Et c’est elle qui a été insultée et frappée. Ce n’était pas l’exaspération fortuite d’un citoyen ayant perdu le contrôle de ses nerfs mais l’acte d’un malfaisant conscient de ce qu’il venait d’accomplir.

Quand on le jugera, il ne faudra pas oublier que sa victime a été NKM mais que ses complices sont nombreux qui lui auront donné, avec mille variations, le mauvais exemple.

Extrait de : Justice au Singulier
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