Entretien - Euthanasie

Me Jérôme Triomphe : « L’affaire Lambert est un immense gâchis pour Vincent, sa famille et toute la société »

Avocat au barreau de Paris
 

Me Jérôme Triomphe, qui était devant le Conseil d’État lundi 10 juillet, fait le point de la situation scandaleuse de maltraitance dans laquelle se trouve depuis quatre ans Vincent Lambert. Le combat juridique pour que Vincent puisse bénéficier des soins nécessaires, notamment de kinésithérapie, et être transféré dans un autre hôpital se poursuit.

Vous étiez hier devant le Conseil d’État pour l’affaire Vincent Lambert.
Qu’y a-t-il de nouveau ?

Il n’y a malheureusement rien de nouveau.
La situation scandaleuse de maltraitance que nous dénonçons persiste.
Nous réclamons depuis 4 ans la reprise des soins de kinésithérapie. Vincent Lambert n’y a toujours pas droit.
Les parents sont laissés dans l’ignorance la plus totale, alors qu’ils sont les seuls au chevet de Vincent tous les jours.
De ce côté-là, il n’y a malheureusement rien de nouveau.
Nous nous battons pour un transfert. Nous nous battons pour que les soins soient octroyés réellement à Vincent.
Toutes ces demandes nous sont refusées par les juridictions les unes après les autres. La dernière en date est la Cour administrative d’appel de Reims.

Qu’est-ce que vous avez demandé ou défendu devant le Conseil d’État ?

Devant le Conseil d’État, nous avons fait un tour de plus pour rien.
À la demande de qui ? A celle évidemment de François Lambert, le demi-neveu de Vincent.
Que se passait-il ?
En septembre 2015, François Lambert a saisi le Tribunal administratif de Chalons-en-Champagne pour qu’il soit fait injonction au CHU de Reims de reprendre la procédure collégiale qu’il avait suspendue en juillet 2015.
Le Tribunal administratif de Chalons l’avait débouté.
Il est allé en appel devant la Cour administrative d’appel. Devant la Cour administrative d’appel, il a en plus eu l’incroyable culot de demander qu’il soit fait injonction au CHU d’appliquer la décision de mort de janvier 2014 du Dr Eric Kariger. Ce dernier a quitté le CHU depuis des mois et même des années, puisqu’il est parti en septembre 2014.
La Cour administrative d’appel de Nancy ensuite a rendu un arrêt sans queue ni tête que personne n’a compris et ne comprend encore à ce jour. Il consiste à dire que la Cour ne peut faire injonction aux médecins, mais peut faire injonction au CHU de donner aux médecins les moyens d’accomplir leur mission.
Cela me paraît en effet la moindre des choses. Le CHU doit donner aux médecins des stéthoscopes, des blouses blanches et un certain nombre de moyens pour accomplir leurs missions.

Avez-vous rebondi sur cette demande concernant les médecins ?

Quitte à demander aux médecins de remplir leur mission dans le cadre d’une procédure collégiale, il faut aussi leur donner les moyens de remplir leur mission dans le cadre des soins élémentaires dus à un patient comme Vincent.
Il est privé de ses soins de kinésithérapie depuis un peu plus de 1500 jours.
On a fait de Vincent un mort en sursis.
Nous nous battons contre cela. Nous nous battons toujours pour qu’il puisse enfin être transféré. Cela a été refusé jusqu’à présent. Mais cela pourrait peut-être se débloquer.

Cette affaire dure depuis des mois et des mois.
Comment cela pourrait-il se débloquer aujourd’hui ?

Nous avons engagé cette fois, faute d’alternative, des poursuites pénales et des poursuites criminelles contre le CHU.
L’instruction est en cours.
Elle va permettre, nous l’espérons, des mises en examen.
A partir de là, nous espérons que tout se débloquera et qu’enfin les pouvoirs publics, le CHU, la Direction Générale, mais aussi la Justice, prendront la mesure de cette affaire.
Il s’agit finalement d’un immense gâchis.
C’est un immense gâchis pour Vincent d’abord, pour sa famille ensuite, et pour toute la société.
Le Dr Eric Kariger avait dit le 11 mai 2013: « si le tribunal me donne tort, je demanderai son transfert. »
Si le bon sens avait été respecté, c’est-à-dire si ce transfert avait été octroyé dès le départ comme nous l’avions demandé, il n’y aurait jamais eu d’affaire Vincent Lambert.

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