Editoriaux - Polémiques - Politique - 6 septembre 2018

L’affaire Benalla, ou le sparadrap qui colle aux chaussures de Macron

Dans un contexte de forte dégringolade de l’exécutif dans les sondages – Macron et Philippe sont désormais à moins de 25 % de taux de satisfaction auprès des Français, soit leur plus mauvais score depuis l’élection présidentielle -, l’affaire Benalla ne cesse de faire des remous.

C’est ainsi que, le lundi 3 septembre, l’émission de TMC « Quotidien » révélait le contenu de la déposition, lors de son audition par l’Inspection générale de la police nationale, d’un policier membre du dispositif du 16 juillet, lors du défilé des Bleus sur les Champs-Élysées. Ce policier affirmait en effet que, contrairement aux diverses déclarations des porte-parole du palais de l’Élysée, Benalla avait bien été, lors de cette opération, directement en contact avec le président de la République afin de conduire, au plus vite, l’équipe de France de football auprès du couple présidentiel. Tout le monde se rappelle quelle avait pu être la déception des supporters qui virent passer devant eux, à la vitesse de l’éclair, le car des champions du monde. Tout cela pour le plus grand bonheur de nos monarques élyséens.

Mais au delà de ce qui pourrait passer pour être simplement anecdotique, c’est bien le fond de « l’affaire Benalla » qui resurgit. Dès le début, les pratiques douteuses, pour ne pas dire mafieuses, de l’Élysée ainsi que les nombreux mensonges qui ont entouré ce lamentable événement estival ont apporté la preuve de ce que la conception d’une République exemplaire pouvait signifier pour Emmanuel Macron. Celui qui, pendant la campagne présidentielle, et à tout bout de champ depuis lors, ne cesse de nous parler de rigueur, d’honnêteté, de probité et de sens du devoir se révèle être l’instigateur (ne s’est-il pas déclaré officiellement responsable dans l’affaire Benalla ?) d’un système opaque fonctionnant en marge de nos institutions.

Le peu d’empressement mis, pour ne pas dire l’hostilité affichée à l’enquête de la commission des lois de l’Assemblée nationale par sa propre présidente, elle-même membre de LREM, atteste bien de ce que c’est un système tout entier qui a choisi de s’affranchir, quand ça l’arrange, de la légalité.

Deux enquêtes restent en cours. Celle du Sénat et celle conduite par la Justice. Sans doute l’une et l’autre feront-elles apparaître, à tout le moins, de graves dysfonctionnements. Mais iront-elles au fond de choses ? Poseront-elles les bonnes questions quant au fonctionnement, désormais largement disqualifié, de certaines de nos institutions ? Seront-elles à même de remettre en question en profondeur la réforme institutionnelle voulue par l’exécutif, qui aboutirait à la délivrance d’un blanc-seing au président de la République, au préjudice du Parlement ? Rien n’est moins sûr, aujourd’hui, tant on connaît les qualités manœuvrières de ceux qui, au pouvoir, ont manifestement beaucoup à cacher.

Quoi qu’il en soit, cette affaire Benalla est désormais, pour Macron, comme le sparadrap qui collait aux chaussures du capitaine Haddock. Elle le suivra jusqu’à la fin de son quinquennat et contribuera à éclairer les Français sur la vraie personnalité de celui qui devait en finir avec la vieille politique et proposer un monde nouveau. En réalité, Emmanuel Macron est bien le fils légitime de ce vieux système qu’il dénonçait avec opportunisme et auquel les Français ont aveuglément fait confiance. Le « macronisme » se révèle être, aujourd’hui, ce qu’il est vraiment : une tragi-comédie dont les masques des acteurs tombent peu à peu. Et dont les spectateurs quittent la salle un à un.

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