L’Acropole à vendre ?

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

Pas tout à fait. Mais ça vient. Sous la pression de la « Troïka » (le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne, gang chargé de « coacher » la résorption des dettes souveraines en Europe), l’État grec accélère le processus de vente de « ses » actifs. La mise en vente récente de biens dans les quartiers qui entourent l’Acropole est symbolique de la faillite du pays, déplore le journaliste grec Nikos Xydakis (26/3).

Bazardé aussi dans une précipitation suspecte, le site d’Ellinikon, l’ancien aéroport international d’Athènes. Menacés, 220 bâtiments à Pláka, 68 à Anafiotika, 108 à Akadimia Platonos, où se trouvait l’académie de Platon, 40 autour du cimetière antique de Kerameikos et 355 dans la cité médiévale de Rhodes.

Mais l’Acropole appartient-elle aux politiciens grecs ? Ou au patrimoine de l’humanité ? Pour l’UNESCO, l’Acropole en est même un trésor des plus importants, sinon le plus important. Cela laisse de glace l’oligarchie anarcho-libérale qui, via le quotidien allemand Bild, a suggéré à la Grèce de vendre ou de louer ses îles pour rembourser ses dettes !

Même escroquerie d’État en cours à l’autre bout du continent européen. Tel que rappelé le 28 février dernier en ces colonnes par notre consœur Marie Delarue, l’État portugais avait mis en vente en bloc 85 toiles du peintre catalan Miró dans l’espoir de diminuer un peu sa dette publique. Soit, plus précisément, le trou de quatre milliards d’euros creusé par le renflouement de la banque privée BPN ! Pour le moment, le soldeur britannique Christie’s annule ou suspend la vente. Mais les tableaux lui ont été déjà livrés. Comme en Grèce, les droits de l’État portugais sur les Miró sont loin d’être avérés ! Peu en chaut au Premier ministre Pedro Passos Coelho, qui assure que les œuvres seront remises en vente.

Et la France éternelle ? La présidente du Front national a accusé les gouvernants français d’en avoir fait « la catin du Qatar ». Les participations du Qatar (maître du Printemps, du PSG, du Royal Monceau, etc.) dans les grands groupes français comme Veolia, Lagardère ou Vinci sont évaluées à sept ou huit milliards d’euros. Et le site Atlantico de pointer du doigt « l’opacité de plusieurs circuits financiers du Qatar en France, notamment autour de rachats en cascade de biens immobiliers par des sociétés de l’émirat. »

Il considère même comme « définitivement prouvé[e] l’existence de centaines de millions d’euros de commissions occultes […] lors du rachat du Printemps par exemple. Par ailleurs, on sait qu’un certain nombre de commissions sur des contrats d’armement ont transité entre 1995 et 1998 au Crédit agricole Suez qui possède une filiale au Qatar. »

On a vu des plaquettes distribuées pendant des fêtes de l’ambassade du Qatar en France, contenant des textes à la gloire de l’émirat islamique écrits par des ministres en exercice comme Besson, Lang ou Villepin ! Le Qatar distribue également différents prix à des personnalités des arts et du cinéma, comme le vertueux gribouilleur Plantu du Monde ou Anne « On ne nous dit pas tout » Roumanoff.

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