La ville dont le prince est un enfant

Le Président Macron peut-il être le Père de la Nation ? Cette question se pose à l’aune de la violence qui frappe, sous toutes ses formes, la France. À un énième « samedi noir », le 8 décembre, où une horde de « brutes prussiennes » (Nietzsche) devait s’abattre sur Paris armée jusqu’aux dents pour aller saccager l’Élysée et tuer de sang-froid son locataire (une « fausse nouvelle » qui ne sera jamais condamnée) s’est ajoutée l’attaque djihadiste du marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre. Nos services de renseignement, de police et de défense sont en état d’alerte maximale. Peur sur la ville : le kaos force la main en faveur du logos.

Depuis l’avènement des gilets jaunes, les images battent en brèche les idées. C’est pourtant le moindre mal pour préserver les biens, et surtout les personnes. Car dans la société marchande, le renouvellement de biens est systématisé : les anarcho-fascistes cassent et les salafisto-caïds pillent. Mais qu’en est-il le jour d’après ? La poussière est restée sous le tapis et le linge sale n’a pas encore été lavé en famille. En effet, la dernière allocution présidentielle du 10 décembre tombe à plat : des excuses pour le ton et des mesures qui ne renversent pas la table. À l’évidence, Macron ne comprend pas ce qu’est une nation fractionnée : un petit chef qui n’incarne pas tant l’ère post-politique que l’homme minimal. Un enfant parmi des enfants.

Tout découle de l’assassinat en règle de la figure emblématique du père, un assassinat mené d’une main de maître par l’économie de marché. Le capitalisme financier nie toute forme de personnalité au nom de l’individualité : un être désubstantialisé vaudrait mieux que tout citoyen enraciné. Macron n’est pas un acteur de l’ordre libéral-libertaire mais seulement un de ses sublimes spectateurs. Il fait l’inverse de ce que doit faire un père de famille : il se protège sans protéger les siens.

De plus, il vante un système qui prive le travailleur du fruit de son travail, ainsi que le propriétaire de ses terres. Ce Président n’est que la marionnette de la technocratie de Bercy et de ses associés, des boursicoteurs accros aux sensations fortes. Pour ceux-là, la frontière entre le consommateur et le vendeur est poreuse. Ils sont junkies et dealers à la fois. Ils jouent avec des chiffres comme un enfant joue avec des Lego®. Ils n’ont qu’un terrain de jeu : le monde. Une République du « Marche ou crève ! »

L’historien Emmanuel Todd fait une distinction fondamentale entre la famille nucléaire et la famille souche : la première est libérale et égalitaire tandis que la seconde est autoritaire et inégalitaire. Appartenant à la première, Macron veut réconcilier la liberté et l’égalité. Mais celui qui interdit la fessée ne veut pas comprendre que le père doit savoir imposer des limites à ses enfants. Tout libérer ne va pas de pair avec maîtriser. Il ne croit qu’en l’homme supérieur, le seul à même de tout faire : l’homme de demain rêvé par la Silicon Valley.

Sa France est celle du business plan et des minorités revanchardes contre la colonisation occidentale. Voilà pourquoi il est fasciné par la virilité des caïds de banlieue et se complaît dans un puéril combat de coqs contre son Premier ministre. Alors il a besoin, en temps de crise, d’être adoubé par de grands frères comme Nicolas Sarkozy et Pierre Moscovici. Quant à ses pères (Attali, Minc…), ils ne veulent pas reconnaître sa médiocrité. Ils ne lui ont pas appris à affronter la réalité, mais uniquement à simuler pour mieux dissimuler. Ses paroles entendent toujours masquer ses actes. Un Président ne devrait pas faire ça…

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