Editoriaux - 14 novembre 2018

La traque au haineux est ouverte

La chasse aux sorcières entamée par l’Élysée et les réseaux de la bien-pensance s’intensifie. À la demande du chef de meute Emmanuel Macron, Mark Zuckerberg offre au gouvernement français les outils, les méthodes, les chars d’assaut et une partie de son personnel pour débusquer les discours haineux sur Facebook. Durée du prêt : six mois. Le temps « d’attester ou non si l’entreprise est de bonne foi et fait les efforts nécessaires ». Les pitbulls de Facebook mordent-ils assez fort ? La question méritait d’être vérifiée. Pour cette super-traque en bande organisée, d’autres molosses arrivent à la rescousse, dont l’inénarrable CSA, plus affamé que jamais, l’ARCEP, le DINSIC*, le Ding-Dong et autres machins aux noms tintinnabulants.

Par bonheur, la haine est identifiée. L’équipée sauvage ne part pas à l’aventure sans avoir au préalable reconnu le gibier. Il s’agit, ô surprise, des contenus racistes, antisémites, homophobes et sexistes. La haine du diesel, du chômage et de la précarité ne figure pas dans la liste. Celle des opposants non plus. Les Mélenchon, Le Pen, Dupont-Aignan et consort pourront continuer à faire l’objet de crachats, de promesses de pendaison, de menaces de tortures diverses. Ceci n’est pas de la haine. Souhaiter qu’une bombe explose au milieu des manifestants de la Manif pour tous est salvateur. Proche de l’amour.

Le Monde le reconnaît : « Le fonctionnement du groupe créé avec Facebook reste flou à ce stade. » La marche dans les sables mouvants de la subjectivité s’annonce rude. « Pendez les Blancs » est de la haine, mais pas de celle recherchée par le comité. Non garantie « pure venin ». « Noir et pédé », comme affiché sur tee-shirt du DJ transgenre de la fête de la Musique à l’Elysée, ne marche pas non plus. C’est çui qui dit qui y est pas. Règle n° 1328 : l’auto-homophobie est douce à l’oreille.

Toujours selon Le Monde : « Facebook espère que ce groupe de travail permettra de faire saisir à la France l’ampleur de la tâche qui consiste à réguler les contenus partagés par plus de deux milliards d’utilisateurs du monde entier. » Nos beaux diables du CSA et autres clampins se font fort de mater tout ce monde-là. Au jour J, débarquement dans la Silicon Valley en tenue camouflage. Pièges à loup dans la musette et quelques appeaux dans la poche. Le cri du raciste homophobe peut être imité à l’aide d’un petit appareil sonore qui attire à coup sûr la femelle… Ensuite, toute la famille arrive et c’est un carnage.

Mais revenons aux sables mouvants, à cette baie du mont Saint-Michel de la bonne pensée dans laquelle vont débarquer nos valeureux combattants de la haine. Sans aucun smiley à la clé, Le Monde écrit : « Mais la présidence de la République estime aussi que, “sur les sujets techniques, la puissance publique n’est pas au niveau de Google, Facebook ou Amazon”. Ce test serait un moyen de combler ce fossé. » Et aussi : « Ce groupe, d’une petite dizaine de personnes, sera composé pour moitié de salariés de Facebook. » Ce sont donc cinq personnes issues des CSA, DINSIC et Ding-Dong qui vont placer le gouvernement français au niveau de Google, Facebook et Amazon en six mois ! La pêche aux coquillages avec un porte-avions ! On enlève tout le sable et on trie plus tard.

Devant la promesse d’une telle tranche de rigolade, la haine devient un vrai plaisir.

* DINSIC : Direction interministérielle du numérique

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