Editoriaux - Education - Presse - Supplément - 8 juillet 2018

La prime pour les enseignants des quartiers difficiles sera-t-elle distribuée au mérite ?

Les enseignants chevronnés fuient les quartiers difficiles et les REP+ (réseaux d’éducation prioritaire renforcés ; l’Éducation nationale adore les sigles et les abréviations !). Dès qu’ils ont un nombre de points suffisants, ils s’empressent de demander des établissements plus calmes et plus faciles. Résultat : les REP+ connaissent un turnover impressionnant et comptent beaucoup trop de novices dans leurs encadrements. Pour briser cette fatalité, la gauche avait déjà mis en place une prime de 2.456 euros. M. Macron a, dans son programme, promis 3.000 euros supplémentaires pour les 41.000 enseignants et les 4.700 agents administratifs et d’encadrement des REP+. Les assistants d’éducation, les accompagnants d’élèves en situation de handicap sont pour l’instant écartés de cette manne, à la grande fureur des syndicats.

5.456 euros de primes supplémentaires peuvent motiver certains enseignants, mais la majorité d’entre eux (voire la grande majorité !) continueront à fuir dès qu’ils le pourront. Un professeur qui fait face à une classe agitée voire hostile éprouve un sentiment d’horreur et d’inutilité. Maintenir un semblant d’ordre, vivre dans un bruit perpétuel est usant, au point que 25 % des nouveaux certifiés (chiffre approximatif, les vrais sont soigneusement cachés par le pouvoir) démissionnent et préfèrent le RSA à un salaire de 1.400 euros mensuels en début de carrière et de 3.000 euros à la fin. Les professeurs votent avec leurs pieds et l’argent ne fait pas tout.

L’État étant désargenté, M. Macron va verser 1.000 euros seulement dans un premier temps. Pour les 2.000 euros restants, il parle d’en donner une part, paraît-il faible, au mérite. Plus un enseignant sera déclaré bon, plus son salaire sera élevé. Mais sur quel critère va-t-on s’appuyer pour départager les professeurs ? Sur les rapports des inspecteurs ? Quand on voit certaines pratiques qui ponctuent l’avancement et le passage à la hors-classe des différents grades, on ne peut qu’être inquiet. En effet, sont trop souvent promus – au détriment d’enseignants compétents et efficaces – des enseignants qui acceptent d’effectuer une partie du travail de l’inspecteur ou se font, en tant que formateurs, les propagandistes zélés des réformes du moment ou des projets du chef d’établissement, comme beaucoup de collègues ont pu le constater pour la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem. Ceux qui utilisent les anciennes méthodes si efficaces, ceux qui ne pensent qu’à faire progresser réellement leurs élèves, ceux qui veulent les extraire de l’analphabétisme sont méprisés, mal notés et dépassés par des collègues qui se moquent de savoir si leurs ouailles savent lire ou pas mais qui réalisent de jolies expositions si prisées des inspecteurs. Ces derniers n’aiment que le « paraître » aux dépens du fond. Cette voie est inquiétante, mais les autres ne valent guère mieux.

Tenir compte des résultats des élèves, faire un test au début de l’année scolaire, un autre à la fin et mesurer les progrès serait pire. En effet, on s’expose alors à des dérives qu’ont connues d’autres pays occidentaux. En Angleterre, où l’avancement des enseignants dépend de la réussite des élèves, comme le révélaient le Sunday Times, The Guardian et Slate en février dernier, des milliers d’enseignants ont triché entre 2012 et 2016 pour aider leurs élèves à réussir des examens prestigieux. Dans une étude intitulée « Peut-on mieux gérer les enseignants ? », Alexis Le Chapelain montre qu’aux Etats-Unis aussi la prime au mérite a conduit à ces dérives fâcheuses. Le mieux serait donc de renoncer à cette idée de prime au mérite et de donner 2.000 euros à tous.

Mais l’idéal serait de rétablir l’ordre dans les classes par tous les moyens, y compris en mettant en jeu les allocations familiales. Les enseignants ne cherchent pas nécessairement de bons élèves (ils sont parfois énervants ;je plaisante) mais des « apprenants » calmes qui écoutent.

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