La pilule sans ordonnance ?

Médecin
 

Le collectif « Libérez ma pilule » lance un appel pour la délivrance d’une pilule contraceptive sans ordonnance. « Un questionnaire rempli avec le pharmacien permettrait d’évaluer les risques médicaux. » Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’en France, la pénurie organisée de médecins fait germer des idées biscornues. Voire franchement extravagantes, comme celle de Françoise Tenenbaum, adjointe PS du maire de Dijon, qui suggérait en 2011 de faire appel aux vétérinaires pour remplacer les médecins dans les communes rurales où ils étaient absents ! On crut d’abord à un canular, mais non, la proposition était « sérieuse ».

Enfin, pour autant qu’une suggestion socialiste puisse l’être… Dans la farandole des pétitionnaires de « Libérez ma pilule », on retrouve sans surprise le Dr Winckler, les associations Les Effronté-e-s, le Planning familial, les féministes Caroline De Haas ou Ovidie, actrice porno de réforme et intello du « X »… On peut aujourd’hui racheter la pilule avec une ordonnance périmée, obtenir gratuitement celle du lendemain en toute discrétion même si on est mineure, mais tant que ce ne sera pas en distributeur à côté des préservatifs dans les toilettes d’autoroute, ce ne sera jamais assez. Caroline Rebhi, coprésidente du Planning familial, explique : « Quand on habite à la campagne, par exemple, on peut avoir six ou sept mois de délai d’attente pour voir un gynécologue. »

Certes, mais les médecins généralistes sont parfaitement à même de prescrire des contraceptifs, et sont de mieux en mieux formés à des DIU de gynécologie, par exemple.

Fondamentalement, la contraception est une chose sérieuse, ce que le tango argentin de la pilule Diane 35 (autorisée, puis interdite, puis réautorisée) a rappelé il n’y a guère. Et même s’il n’est, pour l’instant, question que de délivrer sans ordonnance des pilules micro-progestatives, réputées sans contre-indication, le choix de la méthode doit prendre en compte de nombreux paramètres (sexualité, antécédents familiaux…) dont on peut douter que les pharmaciens les appréhendent exhaustivement du fond de leurs officines. Depuis peu, ils peuvent effectuer un suivi des patients sous antivitamines K (anticoagulants) au cours d’« entretiens pharmaceutiques » semestriels, honorés forfaitairement 40 € par an et par patient. Il est trop tôt pour savoir si la formule remporte un franc succès, mais malgré le désintéressement légendaire des pharmaciens, il faudra bien que la Sécu trouve quelques sous si l’on veut satisfaire la revendication de ceux qui veulent que l’on arrête de « contrôler le corps des femmes ». Reste qu’en cas d’accident se posera inévitablement la question du responsable. C’est toujours pareil dans les « grandes questions de société », quand il s’agit d’élargir la « démocratie sanitaire », il y a toujours plein de monde autour de la table. Mais au premier incident, c’est « tous aux abris »… Comme disait le maréchal Joffre, « on ne sait pas qui a vraiment gagné la bataille de la Marne, mais je sais bien qui l’aurait perdue… »

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