Editoriaux - International - Presse - Table - 7 février 2018

Là où les putains n’existent pas…

Après plusieurs années en tant qu’actrice X, Ovidie est passée derrière la caméra comme réalisatrice. Arte a diffusé, ce mardi soir, son reportage glaçant sur le destin tragique d’une Suédoise prénommée Eva-Marree : « Ce crime est l’aboutissement d’un cauchemar qui a commencé trois ans plus tôt, après que la jeune femme, ayant quitté son compagnon pour violences conjugales répétées, et ne sachant comment subvenir aux besoins de la famille, a confié à une proche avoir travaillé comme escort-girl. Sur simple dénonciation, elle se voit retirer sa fille et son fils […], les services sociaux en attribuant la garde exclusive à leur père, un homme dont ils avaient pourtant eux-même diagnostiqué la violence. » Eva-Marree mettra trois ans pour obtenir son premier droit de visite, mais en présence de son ancien compagnon. Lequel lui portera trente et un coups de couteau dans les locaux des services sociaux… En Suède, ces derniers ont pratiquement autant de pouvoir que l’ex-KGB en URSS. Quand on est « social », on ne saurait faire de mal, n’est-ce pas ?

Phare de la libération sexuelle des années 70, c’est sous la pression des féministes que le pays de Gustav Vasa vota, en 2009, la loi la plus dure d’un pays démocratique contre la prostitution, en sanctionnant les clients par de lourdes amendes. D’autres pays, à commencer par le nôtre, ont bien évidemment suivi cette pente hypocrite qui se garde de viser les prostituées, et interdisent uniquement « l’achat d’actes sexuels ». Tandis qu’au slogan « Mon corps est à moi, j’en fais ce que je veux », la morale suédoise du XXIe siècle ajoute sans le dire « sauf le vendre »… Considérant qu’il est inconcevable qu’une femme qui monnaye son corps n’y soit pas forcée par d’autres individus, mafias (étrangères, bien sûr…) ou proxénètes, et le fasse librement. On y attend donc de ces femmes regrets et contrition. Mais Eva-Marree préféra revendiquer publiquement son choix. Ce qui lui valut l’attention haineuse des petits hommes gris.

Il est, d’ailleurs, remarquable que ses cinq malheureuses passes aient été dénoncées aux « autorités » par sa cousine, à laquelle elle s’était naïvement confiée. Voilà qui rappelle, comme on dit, « les heures les plus sombres… », mais qui est un grand classique des pays totalitaires. N’oublions pas qu’en application des lois eugénistes suédoises de 1935, adoptées à l’unanimité par le Riksdag et visant à préserver la « pureté de la race nordique », quelque 63.000 stérilisations ont été pratiquées entre 1935 et 1975. Ce n’est qu’en 1976 que fut rendu obligatoire l’accord des intéressés ! Mais selon l’indice de démocratie du groupe de presse britannique The Economist, la Suède était classée, en 2008, pays le plus démocratique du monde avec un indice de 9,88/10. Je comprends mieux pourquoi je ne suis que mollement démocrate…

Ce triste pays, et ses lamentables compétiteurs dans la bien-pensance, qui nous dictent sans cesse que penser, dire et faire, montre combien nos libertés les plus élémentaires sont menacées par le néo-puritanisme qui se développe dans tous les domaines. Parce que quand le fichage – déjà bien avancé – sera couplé aux lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation et à la vidéosurveillance, associée à la reconnaissance faciale, les « démocraties » auront tous pouvoirs pour connaître et punir nos comportements « déviants ». Bienvenue dans le meilleur des mondes !

(PS : afin de lever toute ambiguïté, je précise que je ne suis pas client de ces dames.)

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