Culture - Editoriaux - Politique - Radio - Table - 19 juillet 2018

La « messe intégriste » de Mgr Cattenoz : Marianne se prend pour France Dimanche !

Marianne est un magazine d’opinion, dont la ligne de gauche rend la lecture réjouissante pour tous les adeptes de la liberté d’expression. Cela n’empêche pas quelques énormités comme celle parue le 18 juillet sous le titre « France Culture : quand le service public diffuse une messe catholique intégriste sur les LGBT et contre Simone Veil ».

Rien que le titre est fortement accrocheur : tous les mots nécessaires y sont. Messe intégriste, LGBT et Simone Veil. De quoi allécher le lecteur. Sans doute y trouvera-t-il quelques révélations croustillantes sur le prêche enflammé d’un petit abbé en soutane usée jusqu’à la corde, hurlant « Les pédés au bûcher ». C’est bien connu, ces fanatiques n’ont qu’une idée en tête : brûler vifs les sodomites, sur la terre comme au ciel.

Las ! Tout comme les numéros de France Dimanche qu’on trouve chez le coiffeur, le papier déçoit. On y découvre une réalité beaucoup moins intéressante. Ni bûcher, ni anathème contre Simone Veil, ni propos antisémites. Les intégristes ne sont plus ce qu’ils étaient…

L’intégriste en question est l’archevêque d’Avignon, Mgr Cattenoz. La messe retransmise à la radio, conformément au cahier des charges de Radio France, était célébrée à Avignon, où le prélat officiait. Et, selon Marianne, pendant son homélie, l’archevêque d’Avignon s’en est pris au mariage pour tous mais également à l’avortement, de façon très violente. Jugeons-en :

« Je n’ai jamais rencontré de L, de G, de B, de T et, paraît-il maintenant, de Q. Je ne connais et ne vois que des personnes humaines avec toute la richesse de leur féminité et de leur masculinité, inscrite dans leur chair et jusque dans leur être le plus profond. » C’est, en effet, d’une insupportable violence homophobe… La violence va crescendo, comme dans une bonne représentation théâtrale. Évoquant l’avortement, l’évêque ajoute, citant Jean-Paul II et Mère Teresa : « L’avortement est le crime le plus abominable qui soit car la victime n’a même pas la possibilité de crier sa propre souffrance. » Et de la seconde : « L’avortement est une réalité abominable car une mère tue son propre enfant. » De plus en plus insupportable.

Là, Marianne tique. Et bondit en entendant : « Je vous avoue que j’ai pleuré il y a quelques semaines en voyant conduire au Panthéon de la République le corps de celle qui a permis la légalisation de l’avortement. » Puis le crime est enfin consommé : « Au siècle dernier, et je cite toujours le pape François, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour entretenir la pureté de la race. Aujourd’hui, nous faisons la même chose mais avec des gants blancs. »

Comparer l’eugénisme nazi à l’eugénisme tout court est, pour reprendre une expression d’Orwell, un crimepensée. Peu importe que la chose soit la même, quoique réalisée sans douleur. Dès lors qu’elle procède de la volonté des personnes de disposer de leur corps comme elles l’entendent, elle relève du bien. Un point c’est tout. C’est, en tout cas, la position du magazine qui s’interroge : pourquoi permettre de tels propos à la radio un dimanche matin ?

Et si c’était simplement parce que nous vivons dans un pays où subsiste une petite part de liberté d’expression ? Peut-on rappeler à Marianne que les propos de Mgr Cattenoz sur les migrants sont très politiquement corrects, à l’instar de ceux du pape François ?

Ces drôles de méthode dont vient d’user Marianne risquent bien – s’en rend-il compte ? – de se retourner contre lui. La liberté de ton qui est la sienne le fera censurer un jour. Par les mêmes bien-pensants qui tirent aujourd’hui à boulets rouges sur les « intégristes » et autres affreux déviants.

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