La « maraude » de Noël

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

Le pasteur Blanchard est un maraudeur. Non, ce n’est pas un taxi indélicat, ni un larron à la recherche d’une occasion. Depuis près de vingt ans, il erre régulièrement dans Paris à la rencontre des sans domicile fixe (SDF). Il est souvent aidé de personnalités comme Marion Le Pen (lourdement draguée par tous les abandonnés), Jany Le Pen (qui n’a pas assez de ses « Enfants d’Irak »), Me Collard, Bruno Gollnisch… Mais dans la nuit du 23 au 24 décembre, c’est moi qui eus l’honneur de suivre Blanchard et Madame, en compagnie du sympathique 1 Thibaut de Chassey et d’un policier incognito, mais enthousiaste.

Il serait plus honnête d’appeler « circuit » l’itinéraire de Blanchard, plutôt que « maraude ». On pense bien qu’après vingt ans, il sait où sont les SDF. Il les appelle par leurs prénoms ! Sèvres-Lecourbe : voici Gregor de Pologne, avec le métro aérien sur la tête. Chassey distribue soupe et café. Je cherche vainement un pantalon à la taille d’un homme étendu sur le macadam. Le pasteur ne distribue que ce qu’on lui donne d’abord.

Au Jardin des Plantes, un homme de 65 ans grelotte sous une tente que menace d’emporter la queue de tempête bretonne. Plus de dix ans à la rue ! De quoi est-il puni ? Bien sûr, il est plus urgent de loger les Romanichels débarqués hier par tribus de cent… Une bande de jeunes surgit et rafle quantité de vêtements et de chaussures. Ils sont à la rue ? Mais oui, assure le pasteur. Il les connaît. Je regretterai tout de même de n’avoir plus rien pour un Équatorien (oui, on vient d’Amérique latine peupler les trottoirs de Paris !) pieds nus place du Palais-Royal. Allez, Feliz Navidad, tout de même…

Hein ? L’église de la Madeleine est illuminée comme une boîte de nuit. « Il ne faut donc pas s’étonner – comme le feint l’Arche de La Noë – de ce que les Femen viennent y accomplir leur dernière profanation » (20 décembre), émet tranquillement Chassey, catholique de tradition. Sous les illuminations « festives et ludiques » des grands magasins, « nos seigneurs les pauvres » dorment ou somnolent dans la poussière. Mais où passent donc nos impôts ? J’ai beau me trouver plutôt fauché moi-même, je suis mal à l’aise, je me sens coupable. Je le cache, probablement comme mes compagnons de « maraude », apparemment joyeux comme Noël. « Patrick, ayez la courtoisie d’être gai », disait ma belle-mère. Et même les belles-mères ne sauraient toujours se tromper.

Blog du pasteur Blanchard : http://actionsocialeetpopulaire.hautetfort.com/

[Légende photo :] De g. à dr., Blanchard, X, Chassey, Gofman.

Notes:

  1. …et courageux : il vient d’inaugurer une librairie (5, rue Bartholdi dans le XVe à Paris).

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