Editoriaux - Politique - 7 octobre 2018

La lettre osée de Michel Onfray à Emmanuel Macron

On croyait le temps des lettres passé. Les boîtes aux lettres jaunes restent tristement vides au coin de nos rues. La politique les réhabilitera-t-elle ? Le Landerneau politique est fortement agité par la lettre que Michel Onfray vient d’adresser à Emmanuel Macron.

Renonçant à son cours de l’Université populaire de Caen sous prétexte que France Culture, qui l’avait diffusé plusieurs étés de suite, avait décidé d’arrêter, Michel Onfray, pensant que c’est le Président qui a demandé sa tête à France Culture, est très fâché.

Au point que lui, le libertaire, lui qui a exhumé, dans son Antimanuel de philosophie, tout ce que ses collègues du passé, trop prudes, avaient caché à leurs élèves – les écrits salaces, débridés, des penseurs du passé -, se choque soudain de voir un jeune prince qui va plus loin que lui dans la désacralisation.

À la cour du roi, dans le conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur, personne n’osait dire que les tailleurs qui se vantaient de lui avoir fait un habit de lumière n’avaient rien fait du tout et que « le roi était nu ». À la cour de not’ Président, personne ne se permettrait de dire qu’il en pincerait pour les beaux blacks au torse luisant de sueur et que, dans la cour de l’Élysée comme aux Antilles, ses regards tendres cacheraient mal un désir plus précis que le doigt d’honneur vient fâcheusement évoquer. Onfray, lui, le dit. Sa lettre s’intitule Lettre à Manu sur le doigté et son fondement et évoque un Président « ravi jusqu’au plus profond » par le « beau black bodybuildé ».

Lyrique lorsque, dans son ouvrage Cynismes, il évoque Diogène, ce philosophe grec qui enjoignait de faire l’amour sur les pentes de l’Acropole au vu de tous, Onfray semble soudain bizarrement choqué des obsessions sexuelles mal dissimulées des dirigeants actuels de la France…

Lorsque Alexandre le Grand demanda à Diogène de venir à sa cour comme précepteur, celui-ci aurait refusé, puis à la question de l’empereur qui lui demandait ce qu’il pouvait faire pour lui, il aurait répondu : « Ôte-toi de mon soleil. »

À la différence de Diogène, Onfray eût sans doute aimé être convié à la cour pour être précepteur du prince. Que ce dernier lui préfère ouvertement Pierre Nora ou Michel Serres le pousse davantage encore à ne pas aimer qu’il lui fasse de l’ombre.

Mais il est dommage qu’il sacrifie à cette rancune sa posture de libertaire sadien, d’iconoclaste, en se montrant choqué d’une attitude hédoniste qu’il ne cesse de défendre dans ses écrits. Alors, certes, on peut se réjouir qu’il soit souvent le seul qui ose, dans la cour assoupie, comme touchée par la baguette magique de la Belle au bois dormant, dire que le roi est nu.

Seulement il en sera sûrement dans la vie comme dans le conte.

Lorsque l’enfant eut dit « le roi est nu », écrit Andersen, « la foule entière se mit à crier “Mais il n’a pas d’habit du tout”. L’empereur frissonna, car il lui semblait bien que le peuple avait raison, mais il se dit : “Maintenant je dois tenir bon jusqu’à la fin de la procession”. Et le cortège poursuivit sa route, et les chambellans continuèrent de porter la traîne, qui n’existait pas. »

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