Culture - Editoriaux - Politique - Table - 7 juillet 2018

La France défigurée

Si la France était une œuvre d’art – ce qu’elle est, assurément, aux yeux de ceux qui l’aiment -, elle ressemblerait aujourd’hui aux Demoiselles d’Avignon, de Picasso, en raison de l’étrange déformation que ses traits ont subie. La comparaison est toutefois risquée. Les deux visages peints à droite ont, paraît-il, été inspirés par des masques africains, et on pourrait y voir une allusion au remplacement de population que certains croient percevoir. Quant au titre des « demoiselles », qui devrait mettre en valeur l’importance du sexe féminin dans la nation française, il est aujourd’hui doublement proscrit, d’abord parce que la civilité « Mademoiselle », considérée comme sexiste, est désormais interdite aux administrations et que, plus généralement, la mention du sexe biologique traduit l’idéologie du mâle blanc de plus de 50 ans et ses stéréotypes. Comme le disait, récemment, une intéressante synthèse de précieuses ridicules et de gourou LGBT tout fier de sortir sa phraséologie militante (et des stéréotypes absurdes dont il semble n’avoir pas conscience), il ne faut pas confondre « identité de genre » et « expression de genre ». L’utilisation d’un vocabulaire pointilleux est soit le fait de la science, soit le fait d’une idéologie totalitaire qui se présente le plus souvent comme de la science. Dans le cas de ce personnage, la deuxième hypothèse est la bonne jusqu’au délire ! Gardons, donc, nos demoiselles d’Avignon sans vergogne. Peut-être même certains y verront une référence au Festival et une révérence à la pensée dominante et politiquement correcte. Avignon, cette année, met en scène « le sujet du genre » qui « questionnera nos identités et nos certitudes ». La culture est faite pour « bousculer ». L’idée qu’elle puisse aussi transmettre est un odieux préjugé d’héritier. Cela nous ramène à Picasso qui bouscula nos habitudes figuratives. Bien sûr, après avoir bousculé les formes, la perspective, supprimé l’anecdote réelle représentée, on peut aussi s’en prendre aux couleurs, les réduire à une seule – le bleu, le noir, le blanc -, effacer le titre et même l’œuvre en la ramenant à une performance éphémère. La France est en marche sur cette voie mais, pour l’instant, les couleurs sont encore présentes, et plus que jamais. Le black-blanc-beur a resurgi à l’occasion de la Coupe du monde de football. Mais, soyons honnêtes : le bleu-blanc-rouge accompagné de la « Marseillaise » est brandi sans complexe. Même si on se dit que le motif en est bien inconsistant, voire même trompeur, l’habitude d’affirmer son appartenance nationale à l’occasion d’un match gagné est un moyen de réveiller le patriotisme. Comme le disait Pascal, pour croire, il faut faire les gestes.

Sur son visage, aussi, rien ne semble être en place. À commencer par son Président, qui s’effondre dans les sondages parce qu’on ne sait plus qui il est : réformateur ou bonimenteur ? Jupiter foudroyant le général indiscipliné comme le collégien désinvolte, ou mari branché de Brigitte entouré d’un groupe « racisé et genré » pour faire mode ?

L’image du « flic », adulé un jour, conspué le lendemain (mais pas par les mêmes), joue au yo-yo dans l’actualité. Il y a eu le « gendarme » héroïque et, aujourd’hui, il y a le policier mis en examen à Nantes. À Othis, un couple de policiers a été agressé, hors de leur service et devant leur enfant. Cet acte est infiniment plus grave pour le pays que la mort accidentelle d’Aboubakar Fofana. Elle témoigne d’un renversement des hiérarchies légitimes, d’une inversion des valeurs et d’un dérèglement des comportements. N’est-ce pas le tableau d’une France défigurée ?

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