La dislocation des Etats européens se précise

Docteur en science politique et essayiste
 

En l’espace de quelques semaines, des événements de première importance concernant l’avenir des Etats européens sont tombés en rafales. L’annonce par le gouvernement régional catalan de l’organisation d’un référendum, pour le 9 novembre 2014, portant sur la création d’un État catalan et sur son indépendance a créé une onde de choc dans toute l’Espagne.

Immédiatement, le gouvernement espagnol a fait savoir qu’il était hors de question d’organiser un référendum tandis que la Generalidad de Catalogne maintenait sa décision. Un bras de fer entre Madrid et Barcelone s’instaure et la tension monte. N’oublions pas que la guerre civile espagnole a éclaté en raison, entre autres, des velléités d’indépendance de la Catalogne dans les années 1930 avec la volonté de promouvoir une République fédérale ibérique.

Outre le cas catalan, l’Ecosse s’est lancée dans un référendum prévu pour le 18 septembre 2014 avec l’assentiment de Londres. L’initiateur de ce mouvement, Alex Salmond à la tête du SNP (Scottish National Party, membre des Verts/ALE au Parlement européen), a présenté fin novembre un livre blanc pour l’indépendance de l’Ecosse (Scotland’s future) qui, fort de 670 pages, énumère tous les avantages de rompre les ponts avec Londres tout en promettant – si le oui l’emporte – le maintien de la Livre Sterling et de la reine d’Angleterre.

À la même période, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault annonce, le 13 décembre, devant un parterre de responsables bretons à Quimper, sa volonté de renforcer la régionalisation mais aussi de lancer la ratification de la Charte européenne des langues régionales présentée au numéro 56 du programme présidentiel de François Hollande.

Bruxelles, acquis à la cause régionaliste, veut affaiblir les États afin d’être seul maître à bord et réussir ainsi la création d’un bloc européen composé d’une myriade de régions soumise à sa seule autorité. Il est vrai aussi qu’une telle évolution faciliterait l’instauration d’un marché transatlantique où seuls deux interlocuteurs – l’administration américaine et la commission européenne – se feraient vis-à-vis. Ainsi, le principe régionaliste mettant à mort les nations permettrait l’émergence de cités-États et de régions dans le cadre d’une Europe fédérale et farouchement technocratique. Rien n’arrivant pas hasard, une telle évolution promue par les grands financiers et les multinationales repose sur l’action de différents mentors comme Leopold Kohr (1909-1994).

D’origine autrichienne et ayant fui son pays natal rattaché à l’Allemagne en 1938, il enseigne l’économie dans différentes grandes écoles anglo-saxonnes, s’imprégnant des idées véhiculées par des ultralibéraux. Il professe le principe que, pour éviter les guerres, des mini-blocs régionaux doivent structurer les continents dans un cadre fédéral dont l’Europe. Il imprègne de nombreux dirigeants politiques et économiques de ses concepts. Exprimant son idéal par la phrase « Small is beautiful » (« ce qui est petit est beau »), la formule est reprise par son étudiant Fritz Schumacher qui, devenu professeur d’économie, en fait le titre d’un livre à succès au début des années 1970. L’ouvrage clef de Leopold Kohr appelant à la décomposition des nations, « The Breakdown of Nations », paru en 1957, exprime l’idée d’un retour à une forme de féodalisme propre à l’organisation du saint-Empire germanique. Dans ce livre, il n’hésite pas à recomposer les frontières des Etats-Unis [PDF] et de l’Europe et selon des critères soit géométriques [PDF] soit ethniques [PDF].

Sa puissance de persuasion fut grande puisqu’il influença même le grand magnat de la bière, Freddy Heineken (1923-2002). Ce dernier publia peu de temps après l’adoption du Traité de Maastricht (1992) un livre imprégné de l’idéal de Leopold Kohr, « Les Etats-Unis d’Europe, une Eurotopia ». Subdivisant l’Europe en 75 blocs géographiquement et démographiquement équilibrés, on y retrouve – en 1992 – les frontières qui régentent pour l’essentiel l’ancienne Yougoslavie depuis l’intervention de l’OTAN en mars 1999 ou encore les frontières électorales en sept blocs structurant d’une manière presque identique la France métropolitaine, depuis son adoption en 2004, concernant la représentation de ses députés au Parlement européen [PDF].

Au vu de ces faits, nous nous rendons compte que nos politiciens ne sont que les porte-paroles et les diffuseurs, pour la plupart inconscients, d’une politique de longue haleine conduisant à l’asservissement mondialiste.

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