La destitution du président Maduro n’est pas encore pour demain.

Il a fallu plus d’un mois à Tibisay Lucena, présidente du Conseil national électoral (CNE) du Venezuela pour confirmer ce que tout le monde savait : l’opposition a bien obtenu les signatures nécessaires à la mise en œuvre du référendum révocatoire contre le président vénézuélien, Nicolás Maduro. Cependant, elle n’a toujours pas répondu à la seule question importante désormais : quand le CNE va-t-il enclencher la procédure de collecte des quatre millions de signatures exigées par la Constitution pour réaliser le référendum révocatoire ? Elle s’est présentée, lundi 1er août, devant la presse, en précisant qu’elle ne répondrait pas aux questions et qu’il s’agissait d’une simple déclaration sur l’étude des signatures déposées.

L’opposition a réussi, contre vents et marées, à mobiliser plus de 1 % du corps électoral du pays en demandant un référendum révocatoire qui mettrait fin au pire gouvernement du Venezuela depuis au moins cinquante ans. Depuis le 24 juin, le CNE était en possession de toutes les signatures, mais c’est seulement le 18 juillet que Tibisay Lucena décidait d’annoncer publiquement, pour le 26 juillet, le rapport définitif sur le nombre de signatures validées. En réalité, l’annonce fut reportée au 1er août.

Tel est le petit jeu des dirigeants du Venezuela, qui savent bien qu’ils n’ont plus la majorité dans le pays. Maduro est considéré comme le principal responsable de l’état critique du Venezuela. L’opposition avait présenté 1.959.779 signatures, dont 607.727 furent invalidées. Tout le mois de juillet aura été nécessaire pour calculer et valider 1,3 million de signatures après une parodie de contrôle.

Le référendum révocatoire devrait être organisé dès les 90 jours qui suivent l’annonce de Tibisay Lucena, mais le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), parti unique du gouvernement, a déjà commencé à déposer des recours pour fraude auprès du Tribunal supérieur de justice (TSJ) et l’un des dirigeants, Jorge Rodríguez, a présenté une demande au CNE pour rejeter l’inscription de la Mesa de la Unidad Democrática (MUD/Table de l’unité démocratique) comme parti politique. Il a, d’ailleurs, déclaré : « Le référendum est légalement mort puisque rien ne peut se construire sur une base frauduleuse. » Il parle en connaissance de cause parce qu’il a été, du temps de Chávez, le président du CNE, avant Tibisay Lucena, et c’est lui qui avait trafiqué les chiffres lors du référendum révocatoire d’août 2004 contre Chávez. L’opposition d’alors avait bien obtenu les signatures nécessaires mais il a toujours été proclamé que le nombre n’y était pas.

Les chávistes ont l’habitude de ce genre de manipulations : ils pratiquent les mensonges, les fraudes et les embrouilles qu’ils dénoncent chez leurs adversaires. Le premier vice-président du PSUV, Diosdado Cabello, a répété qu’il n’y aurait pas de référendum en 2016. Tous les moyens seront bons aux héritiers de Chávez pour rester au pouvoir. Henrique Capriles, un des chefs de l’opposition et gouverneur de la province de Miranda, souhaite démarrer une vaste campagne de mobilisation dans tout le pays pour réclamer la date de la collecte des signatures, deuxième phase de la procédure de destitution.

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