Economie - Editoriaux - 11 février 2019

La croissance rebondira-t-elle au premier trimestre 2019 ?

Le gouvernement peut être content : la Banque de France annonce un taux de croissance de 0,4 % au premier trimestre 2019. Évidemment, il ne s’agit que d’estimations et le chiffre réel sera peut-être fort différent (entre 0,2 et 0,6 %), mais si cette prédiction se réalisait, ce surcroît de croissance serait une bonne nouvelle pour le pouvoir en prise avec de sérieuses difficultés économiques.

Notre pays connaît une embellie dans le secteur du bâtiment et dans le second œuvre ; les carnets de commandes sont bien remplis. En revanche, dans l’industrie, la production a diminué en janvier, notamment dans l’aéronautique, la métallurgie et la chimie, mais l’activité devrait reprendre en février, si on en croit les industriels du secteur. Il en est de même dans le domaine des services, qui a ralenti en janvier, surtout dans l’intérim et l’hébergement-restauration. Ce trou d’air est une conséquence directe du mouvement des gilets jaunes. Mais, là encore, les chefs d’entreprise prévoient une accélération en février. Espérons qu’ils ne se trompent pas ! Une surprise est toujours possible et le 0,4 % n’est absolument pas garanti car il intègre les éventuels rebonds évoqués plus haut et qui, peut-être, ne se produiront pas.

Cette petite reprise de la croissance est due, en partie, aux mesures consenties par M. Macron pour mettre fin à l’agitation des gilets jaunes. Le gouvernement espère qu’une grande partie des onze milliards dépensés (en moyenne, 440 euros par ménage) sera remise dans le circuit économique. Certes, les smicards dépenseront entièrement la faible augmentation du SMIC reçue et celle plus conséquente de la prime d’activité, mais la prime de Noël accordée suivant le bon vouloir des entreprises et la détaxation des heures supplémentaires risquent de gonfler l’épargne de précaution et donc d’être « stériles » pour la croissance. En outre, la diminution du taux de CSG n’interviendra qu’au printemps, et les retraités ont tendance, plus que les actifs, à économiser l’argent reçu.

On craignait un effet néfaste du prélèvement à la source, car la moitié des Français qui payent l’impôt sur le revenu ont vu leurs revenus baisser, même si, pour finir, le total payé sera le même en 2018 et en 2019. Cette influence psychologique, si elle joue, ne sera visible qu’en février. Le gouvernement affirme qu’elle sera inexistante, mais rien n’est moins sûr. Heureusement, M. Macron a imposé de verser en janvier 60 % des crédits d’impôts (au lieu de 30 % prévus initialement), ce qui a rééquilibré le poids de l’impôt su le revenu et limité les conséquences funestes du nouveau dispositif.

Malheureusement, la relance que le Président a été contraint de concéder profitera surtout à l’étranger, vu la faiblesse de l’industrie française. Nos importations vont flamber, enrichissant nos partenaires européens. Pour diminuer le chômage, il y a deux politiques économiques possibles : celle de l’offre, qui consiste à abaisser le coût du travail (M. Hollande l’a choisie à partir de 2013 et M. Macron l’a continuée en 2017-2018), et celle de la demande, où on distribue de l’argent aux consommateurs. Mais dans notre pays, en proie à la désindustrialisation et en perdition économique, cette deuxième option est inefficace pour soutenir l’emploi, même si les Français la plébiscitent.

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