28 juin 2018

La Cour des comptes s’interroge : M. Macron bluffe-t-il quand il prétend supprimer le déficit en 2022 ?

Comme chaque année, la Cour des comptes, dirigée par le sagace M. Migaud, a rendu son verdict sur le budget de la France avec impartialité et compétence. Pour elle, si le déficit est miraculeusement passé, en 2017, en dessous des 3 % du PIB (une première depuis dix ans !), c’est uniquement parce que la croissance a atteint un taux inespéré de 2,3 % (qui est cependant modeste si on regarde les performances des autres États de l’Union européenne). Mais déjà la croissance flanche, car elle a été assommée par la hausse des impôts décidée en début d’année par M. Macron (CSG, taxes sur les carburants).

Celle-ci n’est pas encore compensée par les baisses des cotisations sociales et par celle d’un tiers de la taxe d’habitation, qui se mettront en place en octobre et en novembre 2018. Néanmoins, l’objectif de 2,3 % de déficit pour l’année 2018 semble atteignable. Il faudra sans doute couper trois à quatre milliards dans les dépenses, ce que sait faire tout bon gestionnaire, même si ces coups de ciseaux ressemblent souvent à la cavalerie financière, car on reporte les dépenses à l’année suivante, déplaçant en fait le problème.

Mais pour 2019, 2020, 2021 et 2022, la Cour des comptes affiche un franc scepticisme : l’exécutif a promis, en effet, d’être en excédent en 2022, ce qui serait une première depuis cinquante ans ! Or, les hypothèses de croissance retenues par le pouvoir sont optimistes (c’est un euphémisme), car le miracle de 2017 ne se reproduira pas.

M. Macron, malgré son agitation brouillonne et ses pseudo-réformes, n’a pas transformé la France et notre croissance restera sans doute anémique, comme elle l’est depuis le passage aux affaires de M. Jospin et les fameuses 35 heures qu’il a imposées. Pire : les crises sont cycliques et se produisent en moyenne tous les sept ans. Or, la dernière date de 2008-2009 ! Les sages savent très bien qu’un krach risque de gâcher le quinquennat de M. Macron. Tout dépendra, alors, de la gravité de ce coup de tabac, mais que le déficit augmente brutalement de 2 à 3 % est, malheureusement, une hypothèse dont il faut tenir compte.

En outre, le Président, poussé par le Conseil constitutionnel, a annoncé la fin de la taxe d’habitation pour tous, sauf pour les résidences secondaires. Cela coûtera sept à huit milliards de plus, qui n’ont absolument pas été budgétés. S’y ajoutent les 1,5 milliard de l’exit tax, instaurée par M. Sarkozy et que M. Macron a biffée d’un trait de plume alors que cette suppression n’incitera aucun « riche » (les fameux premiers de cordée !) à rester dans l’Hexagone, bien au contraire.

Enfin, le pouvoir compte (naïvement ?) sur les collectivités locales pour obtenir des excédents qui combleront le déficit de l’État. (Lui est encore prévu dans le rouge en 2022 !) Or, les maires, les présidents de régions et de conseils généraux préféreront investir ou diminuer les impôts plutôt que d’aller au secours du budget de la nation. Ils sont, grâce à la Constitution, autonomes et personne ne peut les obliger à suivre les directives de Paris. Le budget en équilibre en 2022 n’est que de la propagande grossière, comme l’a été l’inversion de la courbe du chômage de M. Hollande, et les faits se chargeront vite de la démentir.

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