Économie

La Cour de Karlsruhe a tout faux


Député européen du groupe ENL

 

Le système jubile. Ce 21 juin, les magistrats de la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe ont avalisé le programme des OMT (Opérations monétaires sur titres) par lequel la Banque centrale européenne a le droit d’acheter des obligations d’État, de façon illimitée. Les juges précisent que le recours à ce programme doit rester « exceptionnel » et que les achats devraient rester « limités ». 

Ces deux conditions ne sont pas respectées aujourd’hui puisque, le 22 janvier 2015, la BCE est passée à la phase du QE (quantitative easing) et s’est engagée à acheter 60 milliards par mois d’obligations jusqu’en septembre 2017. À cette date, ce programme aurait représenté 1.100 milliards d’euros. Rien que ça ! Mais comme ce programme n’a eu aucun effet de relance, la BCE a décidé, en mars 2016, de passer à 80 milliards d’euros par mois.

Il n’y a, là, aucun côté « limité » ni « exceptionnel ». Ce mécanisme équivaut à imprimer des billets en dehors de toute création réelle de richesse. En réalité, il s’agit d’une politique de « planche à billets » qui revient à imprimer de la « monnaie de singe ». Le créateur de ce mécanisme n’est pas le professeur Richard Werner mais John Law, qui réussit à séduire le Régent, le duc d’Orléans, à une époque où les finances du royaume de France étaient catastrophiques.

La politique de création monétaire de John Law connut d’abord un succès. Avant qu’elle ne bascule dans l’hyperinflation et la ruine du plus grand nombre (cf. L’Histoire de John Law par Adolphe Thiers aux Éditions Le Jardin des Livres). John Law mourut à Venise, pauvre et malheureux. Il inspira Goethe pour sa pièce Faust, qui met en scène le diable recommandant à un monarque ruiné de remplacer l’or par des billets de papier. 

Hyperinflation et ruine d’un très grand nombre font partie des risques auxquels les grandes banques centrales (Fed, BoJ, BoE et BCE) exposent leurs peuples. Certes, l’inflation est aujourd’hui difficile en période de surproduction planétaire. Même si elle se constate déjà sur le prix des tarifs publics (électricité, timbre-poste, gaz, transports scolaires, etc.). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’objectif premier annoncé par la BCE – la lutte contre la déflation – a peu de chance de réussir.

En revanche, les problèmes, parfaitement connus, qui accompagnent les politiques de QE sont nombreux. Comme toute politique keynésienne, le QE favorise l’inflation et la dette des États. Les autres risques du QE ont été bien décrits par Nouriel Roubini, dans son article de mars 2013 : « 10 questions sur l’assouplissement quantitatif. » 

Parmi ces problèmes, nous retiendrons que le QE retarde les nécessaires politiques de désendettement, dans les secteurs public et privé, qu’il ne se transmet pas toujours à l’économie réelle (les banques n’osent pas prêter), que la guerre des QE annule les effets positifs des baisses des monnaies, que les QE dans les pays développés entraînent un excès de capitaux dans les émergents, que les QE provoquent des bulles d’actifs et retardent les réformes nécessaires, qu’en faisant baisser les taux d’intérêt, il ruine les épargnants et les institutions financières, et que la sortie en est très délicate.

Bref, il est possible que les QE actuels finissent de la même façon que la politique de John Law ou celle de l’Allemagne de Weimar. De bien belles références !

Député européen du groupe ENL

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