Economie - Editoriaux - 13 août 2018

La chienlit à la SNCF ? Hélas, ça n’est sans doute pas fini…

Les circonstances, ces derniers mois, m’ont contrainte à prendre le train à de nombreuses reprises. Entre jours de grève et trains supprimés pour cause d’accidents, d’incendies et autres actes de malveillance, j’y ai laissé plusieurs centaines d’euros.

Les remboursements ? Toujours une bonne raison d’y échapper. Les TER supprimés ? « Pardon, mais c’est tout ou rien. Vous avez déjà eu votre TGV, estimez-vous heureuse ! » L’assurance annulation ? « Ah pardon, faut voir la compagnie d’assurance… » Mon billet de TGV ? « Ah non, celui-là, c’était un Ouigo, pas de remboursement. » Etc.

On râle, on trouve des solutions de contournement, mais néanmoins, la facture s’alourdit. Même si on ne prend plus le train, et même si on ne l’a jamais pris ! Car la SNCF, c’est vous, c’est moi. Et les près de 800 millions d’euros qu’a coûté la grève du printemps ajoutés aux 35 milliards de dettes de SNCF Réseau qui seront repris par l’État en 2020 (sur un total de 54 milliards), sur quelles épaules vont-ils peser ? Celles des contribuables.

On pourrait donc espérer que, devant un tel fiasco, les acharnés de la CGT et de SUD Rail rabattent un peu leur caquet. Non point ! Laurent Brun, le patron de la CGT Cheminots, entend bien ne pas s’arrêter là. Il a appelé à de nouveaux arrêts cet été et maintient sa ligne dure, déclarant, dans Initiative communiste, à propos de la grève, que « les analyses de Lénine sont toujours d’actualité : il faut à la fois une idéologie révolutionnaire et une organisation révolutionnaire pour la porter ». Comme le confiait l’un de ses collègues syndicalistes au Point, fin juillet : c’est « un stalinien qui a une vision très communiste du service public d’État ».

Hélas, même si la réforme du rail a été votée à une très grande majorité et promulguée le 27 juin dernier, on n’en a sans doute pas fini avec ce « forcené de la grève », comme l’appelle Jean Nouailhac. Il revient en effet sur le sujet ce 10 août, anticipant une rentrée chaude autour de la mise en place du nouveau « comité social et économique » (CSE) institué par la loi Travail de 2017. L’objet de cette loi : « fusionner dans une seule et même instance sociale les trois organisations actuelles de salariés : délégués du personnel (DP), comité d’entreprise (CE) et comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ». Des instances « chronophages » pour les entreprises et quasiment impossibles à gérer.

Oui, mais voilà, dans les grandes entreprises type SNCF, ces comités sont de véritables fromages syndicaux, bien gros et bien gras, et « y toucher revient non seulement à mettre en cause des “avantages acquis”, mais également la sacro-sainte histoire syndicale des “luttes sociales” ». Ainsi, écrit Nouailhac, « à force de grèves, de conflits et de négociations multiples, un système opaque de chevauchements, quand ce n’est pas de poupées russes emboîtées les unes dans les autres », on en est arrivé à ce que « la SNCF compte aujourd’hui 9.500 élus dans les trois différentes instances, 6.770 élus titulaires et 2.700 suppléants, soit 1 élu pour 15 salariés » !

Chiffres donnés fièrement par les syndicats eux-mêmes, « la SNCF abriterait ainsi 262 délégations du personnel avec 2.992 élus, 31 comités d’entreprise employant 337 élus titulaires et 604 CHSCT différents avec 3.513 élus… ce qui représenterait, au total, chaque année, 1,5 million d’heures consacrées au « dialogue social », avec plus de 2.000 équivalents temps plein ». Pas besoin d’avoir fait HEC pour comprendre qu’ils n’accepteront jamais de renoncer à cette manne.

Problème supplémentaire : la mise en place des nouveaux SCE devra être effective le 31 décembre 2019, les concertations dans les entreprises doivent donc commencer dès septembre prochain… c’est-à-dire en pleine période des élections professionnelles. Conclusion : on va avoir droit à une nouvelle surenchère des enfants de Staline.

Alors, achetez-vous de bonnes chaussures…

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