La charte des langues régionales ou minoritaires : arme de destruction massive

Docteur en science politique et essayiste
 

L’annonce par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 13 décembre à Quimper, de la relance du processus de ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires a surpris certains. C’est oublier que l’Union européenne exerce une pression permanente pour aboutir à une Europe des régions à base technocratique et ethnolinguistique. Cette charte agissant comme un dissolvant n’a pas surgi par hasard.

Les premières traces d’une reconnaissance internationale du droit ethnolinguistique remontent au XIXe siècle. Cependant, il faut véritablement attendre le traité de Versailles (1919) pour voir apparaître un programme complet de protection des ethnies et de leurs caractéristiques linguistiques. Cette affirmation fut rendue possible grâce à l’action de la franc-maçonnerie juive américaine (les « B’nai B’rith », « les fils de l’Alliance »), sous la forme d’un « mémorandum », en liaison avec le président Wilson, le président de la Cour suprême des États-Unis (Louis Brandeis) et Léo Motzkin, secrétaire général du « Comité des délégations juives » à Versailles, comme le relate la thèse de Nathan Feinberg en 1929. Dans les années qui suivirent, les pangermanistes, dirigés par Ewald Amende en liaison avec Léo Motzkin 1, élaborèrent un ensemble de mesures dans le cadre de la SDN afin de renforcer les directives issues de cette collaboration. La Seconde Guerre mondiale balaya toutes ces structures, qui ne reprirent forme qu’après 1945.

En effet, à l’initiative du Breton Joseph Martray, un congrès en faveur des groupes ethniques est organisé en avril 1949 à Paris, avec le soutien d’Écossais, de Frisons, de Catalans et la présence d’un jeune sous-secrétaire d’État, François Mitterrand. Il aboutit à la création, en novembre 1949, de « L’Union fédéraliste des communautés ethniques européennes » (UFCE) qui, dans les années 1950, est phagocyté, financé et placé sous l’influence de l’Allemagne.

Les statuts de cet institut précisent la volonté d’établir une constitution fédérale pour l’Europe, autorisant l’autonomie des groupes ethniques. C’est de cette matrice réunissant de nombreux juristes allemands, autrichiens et de la province germanophone du Haut-Adige italien qu’un véritable corps de doctrine en faveur des groupes ethniques est élaboré et voit le jour en 1967.

Avec l’appui de la Paneurope, le programme réunissant toute une batterie de mesures ethnolinguistiques est soumis en 1984, en 1988 et en 1993 (en particulier avec Siegbert Alber (Discours [PDF]), président de la Paneurope Allemagne) aux instances européennes. C’est un échec à chaque fois en raison de l’ampleur du projet.

Pour réussir à imposer un ordre ethnique en Europe, la Charte des langues régionales est traitée à part dès 1988. Détachée du corps de doctrine, elle est promue par un groupe de travail comprenant entre autres un rapporteur, l’avocat allemand Herbert Kohn (Discours [PDF 18,8 Mo]) membre du comité juridique de l’UFCE, et le président du groupe de travail, le juriste autrichien Theodor Veiter (Discours [PDF 14,4 Mo]). Cette préparation permit l’élaboration de la résolution 192 (1988) [PDF 14,9 Mo], prélude à la Charte européenne des langues régionales, présentée lors du congrès de l’UFCE à Anvers en octobre 1988. Le secrétaire général de l’UFCE, Armin Nickelsen, ne se priva pas dans deux lettres [PDF] pour nous confirmer le rôle des différents protagonistes dans la promotion de ce texte.

Proclamant la reconnaissance et l’emploi des langues minoritaires dans tous les domaines comme l’éducation, les médias, les services administratifs, le renforcement des échanges transfrontaliers (par exemple entre le Roussillon et la Catalogne, principe idéal pour les eurorégions…), cette charte s’associe à la montée en puissance des régions se détachant de l’autorité de l’État. Il va de soi que les populations extra-européennes, au nom de la non-discrimination, exigeront les mêmes droits linguistiques dans les zones où elles sont à forte majorité (Roubaix, le 93…). Les Kosovo risquent de se multiplier. Malheur aux populations ne parlant pas ou mal la langue promue par les autorités régionales ! Les discriminations en tout genre vont pulluler et la France va peu à peu se disloquer. Pour les dirigeants apatrides de l’Union européenne, c’est exactement le but recherché.

PS : Pour plus d’informations, lire notre livre « Minorités et régionalismes ».

Notes:

  1. Ewald Amende, Die Nationalitäten in der Staaten Europas, Vienne-Leipzig, Éditions Wilhelm Braumüller, 1931, p. 9
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