Cinéma - Culture - Editoriaux - Histoire - Industrie - Politique - 28 décembre 2017

Kevin Spacey : chasse aux homosexuels à Hollywood ?

Faire du cinéma deviendra-t-il, bientôt, un travail digne de ceux d’Hercule ? On est en droit de se poser la question. Déjà qu’il n’est pas aisé de faire un film, mais alors devoir le refaire…

Tenez, rien qu’en France, le cinéaste Fabrice Éboué décide, au dernier moment, de gommer Franck de Lapersonne, l’un des acteurs de son dernier film. Motif de la punition : il a apporté son soutien à Marine Le Pen lors de la dernière élection présidentielle, avant de quitter précipitamment le Front national, assurant avoir commis « la connerie de sa vie ». Et Fabrice Éboué de se justifier :

J’ai retourné toute la scène avec un autre comédien. Évidemment. J’ai rien dit mais le risque c’était qu’il devienne député et ça devenait alors un film politique. Moi, c’était un film pour déconner.

On en déduit que tout cela a été fait dans le dos du principal intéressé ; la grande famille du cinéma et sa traditionnelle classe. Remarquez, on peut comprendre, un « film politique », ce serait du jamais-vu en nos contrées. Il est à noter que l’objet du délit porte assez mal son nom : Coexister ; une bouse sur le vivre ensemble, on imagine.

Un tel humanisme de combat n’a malheureusement rien de nouveau. 1984, Jack Lang, alors ministre de la Culture, fait déjà des pieds et des mains pour que Notre histoire, film de Bertrand Blier, ne soit pas retenu dans la sélection cannoise. Le crime antidémocratique d’Alain Delon qui y tient le premier rôle ? Avoir appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen aux élections européennes. Prudent, le samouraï attendra le siècle d’après pour qu’on l’y reprenne à nouveau. Mais, au moins, le bidule a pu être projeté tel quel sur les écrans.

Comme toujours, le révisionnisme stalino-pelliculaire se fait à plus grande échelle à Hollywood. Ridley Scott plutôt que Fabrice Éboué et Kevin Spacey que Franck de Lapersonne pour Tout l’argent du monde, film qui retrace un célèbre fait divers des seventies, l’enlèvement de Paul Getty, petit-fils du milliardaire américain éponyme, à l’origine interprété par le même Kevin Spacey.

Il faut vraiment habiter Vénus pour ne pas être au courant des problèmes de cet acteur, poursuivi pour harcèlement sexuel et gestes inappropriés, comme dit outre-Atlantique. Et voilà pourquoi Ridley Scott n’hésite pas à retourner une large partie de la chose avec Christopher Plummer en lieu et place du banni. Coût de l’opération : dix millions de dollars, ce qui n’est pas donné pour un film au budget initial de quarante millions de dollars.

Explications du réalisateur : « Nous ne pouvions décemment pas faire fi de ces accusations… » « Accusations », pas plus… Il n’y a, pour le moment, ni inculpation et encore moins d’enquête. Autrefois, les pouvoirs publics devaient prouver l’existence d’un délit. Aujourd’hui, c’est au prévenu de démontrer l’inexistence du délit supposé. Drôle de logique.

D’ailleurs, on s’étonne que notre gauche olfactive, propre à humer les « relents nauséabonds » du moindre fait divers et de la plus banale des déclarations plus ou moins publiques, ait en la circonstance le nez bouché au-delà du raisonnable.

En effet, cette stigmatisation des homosexuels – Kevin Spacey, en l’occurrence – ne sent pas bien bon. Il y aurait là, même, comme une sorte de vilain fumet rappelant une époque que nous pensions heureusement révolue.

Mince, c’était pourtant l’industrie hollywoodienne qui nous avait appris que tout était désormais permis, possible et conseillé. Nous n’avons pas dû voir les mêmes films.

Une chance que Hugh Hefner, qui n’était pourtant pas homosexuel et assez ouvert en matière de mœurs, soit mort avant d’avoir assisté à ce feuilleton dont on peine à imaginer qu’il soit né ailleurs que dans le cerveau malmené d’un scénariste dément et passablement homophobe.

Il est à craindre que non.

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