France : pourquoi tant de haine à l’égard de la Russie ?

Avocat au barreau de Paris

Président du SIEL, Administrateur national du RBM

 

Depuis ces derniers mois, il règne en France une solide défiance à l’égard de la Russie. Sans doute parce que certains mouvements protestataires, des Femen aux Pussy Riot, ont décidé de faire de notre pays le théâtre privilégié de leur expression contestataire. Aussi actifs l’un que l’autre au sein de la galaxie féministe, se parant des vertus de la bonne conscience politique, ils ont choisi de porter le fer contre la Russie de Poutine en ciblant plus particulièrement l’église orthodoxe : ses membres bénéficient parmi l’intelligentsia française d’un écho grandissant et ses soutiens, aussi nombreux que complaisants, viennent essentiellement de la gauche morale.

Dans ce climat antirusse, il n’est guère étonnant d’assister à la multiplication, sur notre sol, d’actes de vandalisme. En février dernier, le monument parisien, honorant le corps expéditionnaire russe ayant combattu en France aux côtés des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, a été saccagé dans l’indifférence générale : situé non loin du Grand Palais, cet ouvrage s’est retrouvé maculé de peinture, emmailloté d’une ridicule cagoule et badigeonné du sempiternel slogan « Free Pussy Riot ». Voici quelques jours, un autre symbole parisien de l’amitié franco-russe a été dégradé : deux splendides décorations de bronze qui ornaient jusqu’ici le vénérable pont Alexandre-III ont été dérobées, dans des circonstances qui ne laissent guère planer de doute sur l’origine du larcin…

Comment expliquer pareil activisme russophobe ? La haine viscérale nourrie à l’égard de la personne et de la politique autoritaire du président Poutine — cultivée ad nauseam par les élites françaises — y est certainement pour beaucoup : ce sentiment profond structure de longue date une opposition idéologique de principe au Kremlin et alimente une permissivité durable à l’endroit de tout ce qui peut, de près ou de de loin, incarner le pouvoir russe sur notre sol. Pour preuve encore de cette hostilité lancinante, le feuilleton symbolique de la construction à Paris, à proximité de la tour Eiffel, de la future église orthodoxe russe : fort du soutien du ministre de la Culture, Bertrand Delanoë vient de retoquer cet édifice emblématique voulu en 2007 par Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine au motif que sa démesure présumée ne s’inscrirait que peu dans le paysage architectural des berges de la Seine…

Habitués jusqu’à présent aux fortes accolades entre Vladimir Poutine et Jacques Chirac — auxquelles Nicolas Sarkozy devait demeurer fidèle —, nos deux pays doivent désormais constater que le courant ne passe plus entre Paris et Moscou : la saga Depardieu, le dossier syrien mais aussi la condamnation par le Président français du sort réservé aux Pussy Riot sont passés par là. Gageons que le locataire de l’Élysée ne cherchera pas plus à réchauffer en 2013 les relations culturelles franco-russes, notamment lors du centenaire de la création à Paris du Sacre du Printemps, qu’il ne le fit en 2012 lorsqu’il évita consciencieusement de célébrer le souvenir de la campagne de Russie…

Cette animosité persistante est profondément affligeante et somme toute inopérante : tout en tenant un langage de vérité à l’égard de Vladimir Poutine sur la question de l’État de droit en Russie, l’Allemagne ne parvient-elle pas, en évitant soigneusement de mépriser son partenaire, à mieux doser ses relations avec Moscou, non sans entretenir intelligemment un profitable courant d’affaires ? Question de savoir-faire de la diplomatie allemande, dira-t-on ! Sans doute. Un immense gâchis, à coup sûr, pour les intérêts bien compris de la France.

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